Tous les articles par Francois

Contes de la folie ordinaire – Une histoire particulière

A écouter ici : Une histoire particulière (Coordination Christine Bernard)

Cela commence par des témoignages, courts, quelques images…
De patients :
« J’avais l’impression que j’allais rejoindre la mer… tout était possible »
« Avec mon mari nous respectons beaucoup Monsieur Chirac… Il nous a bien aidés sur Pluton »… 

De soignants :
« Quand un malade entend toute la journée « on ne peut pas », « l n’y en a plus », « tout à l’heure », « on verra », « non »… Sans que d’autres possibles soient proposés… Alors il est difficile de leur suggérer des espaces de paroles sans que cela ne devienne des règlements de comptes…

L’émission s’articule autour de quelques (anciens) soignants-patients, amis, collègues, à Marseille ainsi qu’autour de la structure ambitieuse qu’est le Centre Hospitalier Spécialisé de Valvert dans le 11ème arrondissement.

La première partie permet de traverser le parcours de soignants, des belles idées ou de la découverte quasi par hasard aux illusions un peu perdues. Un parcours long, qui évoque la psychiatrie « d’avant 68 » et les « malades », puis l’après 68… puis une certaine déshumanisation plus récente.
Sans que les expériences d’une psychiatrie plus ouverte, plus complexe soient reniées, en aucun cas. L’histoire d’un engagement gigantesque. Et en filigrane, la psychiatrie institutionnelle.  Avec la drôlerie des récits, qui évoquent la confusion des rôles, entre malades et soignants… et les excès et les rires…

La seconde partie est largement plus intime, au coeur des difficultés des patients, dont une soignante nous rappelle qu’ils sont avant tout les principales victimes des faits divers qui les impliquent, et non pas les auteurs. Ce qui rend d’autant plus rageant la montée en épingle des rares faits divers qui les impliquent dans ce second rôle, rare.

A chaque époque son rapport à la folie et au normal.

 

 

 

 

 

La matinale du samedi… à France Culture

Ben mazette…

Le samedi matin, France Culture a décidé cette année de nous offrir des temps longs, inventifs et rêveurs…

Voici en effet une des autres excellentes surprises de cette grille de rentrée. L’arrivée discrète de Caroline Broue est un beau cadeau pour ceux qui ont surtout le samedi pour radioter tranquille. Caroline Broue est doublement transfuge : de la semaine et du méridien… Elle nous arrive le samedi matin, bien tôt et c’est parfait.

« Les idées ont de la culture », (excellente partie mais pour le titre, on restera… euh… discrets ? ), puis « Initiatives citoyennes »… Alors là, je pense qu’il y a en effet un vrai « truc » à creuser… RadioDebout a-t-il déjà proposé des pistes ? En tout cas, c’est un bel enjeu qu’il y a là !

Le timing est calme mais soutenu. Ici pas trop de découpages, pas d’enchaînement infernal de rubriques et d’intervenants. Du temps donné aux gens, au son, au fond.

Bravo Caroline !

Et c’est ici : http://www.franceculture.fr/emissions/la-matinale-du-samedi

Les #PetitsMatinsfc – Une heureuse surprise

J’avais quitté une saison 2015-2016 un peu dubitatif, car les matins me laissaient perplexe… malgré mes immenses fidélités et mes rendez-vous fétiches, depuis des années…

Du coup, c’est avec un peu d’appréhension que je guettais cette rentrée sur France Culture. Parce que le matin, quand je ne pédale pas sur mon vélo, j’écoute la radio… et que France Culture c’est un peu ma maison, mon lit, ma musique, mon doudou et mon utopie.

Et depuis le 29 août, c’est une vraie joie et une vraie découverte… En MC avisée, Emilie Chaudet nous crée un bel espace plein de sourires et de complicités – déjà. Elle met ce fameux liant dans l’équipe, sans forcer, sans excès et avec une voix superbe elle jongle entre les faits crus, têtus et la poésie.

Une vraie réussite… Avec pour commencer l’image du jour – on n’a pas besoin de la voir, même si ici… on peut en zieuter une… On n’a pas besoin de la voir car Emilie Chaudet nous la chante, nous la trace, nous la présente. La radio, c’est l’image même.

Puis la joie de la culture, avec l’actualité juste à sa place – pas plus, pas trop… Avec Amélie Perrier, fidèle et excellente.

François Angelier est un régal matinal, avec ses « émois« … Et puis bien entendu nos cadors… : Jacques Munier, Thierry Garcin. En passant par le Paso Doble de Tewfik Hakem, (dont le format raccourci gagne en densité, à mon avis).

Peut-être un petit regret ? Pourquoi Emilie Chaudet s’impose-t-elle la revue de presse nationale, travail supplémentaire que l’ami Thomas Cluzel faisait à la perfection, (dût-il s’y ennuyer ? ;-))

Colère dans le 16ème – Les Pieds sur Terre

« La violence des riches atteint les gens au plus profond
de leur esprit et de leur corps »
Monique Pinson-Charlot

Saisissant… Atterrant… Edifiant ?

On hésite sur le qualificatif.

Les Pinson-Charlot expliquent depuis des années que les riches sont bien plus solidaires qu’on ne le croit, bien  soudés et capables de se défendre. En 2 émissions, l’équipe de Sonia Kronlund et Rémi Douat nous font entendre les cris, les révoltes et la surdité des habitants du 16ème… Ou plus exactement de certains habitants de ce quartier de Paris, mobilisés toutes griffes dehors contre le projet de construction d’un centre d’hébergement d’urgence.

La première émission retrace une réunion publique « plutôt fermée », entre habitants et élus du 16ème. Le ton est donné : « on veut rester chez soi »… L’élu, maire du 16ème, laisse la salle chauffer, se paie de bons mots et tempère (modérément) certains excès… Et il laisse entendre qu’en effet, ses pauvres administrés ne seront pas « une fois de plus », (on croit rêver), les dindons de la farce…

La seconde émission est encore plus effrayante. Afin de permettre un partage d’éléments d’information rationnels, la mairie de Paris, la préfecture et les architectes du projet viennent présenter le projet… Là encore, la salle est bondée de personnes âgées plus dissipées et violentes que les jeunes qu’elles critiquent pourtant souvent. Les habitants du 16ème, hyper-mobilisés, s’avèrent encore une fois totalement fermés à la discussion. La présentation tourne court et la salle est évacuée. La boucle est bouclée.

Le reportage laisse toutefois entendre des habitants de ce même arrondissements, profondément choqués de ce qui vient de se passer, qui disent leur honte de partager le même quartier que ces personnes âgées intolérantes et violentes… Une violence de riche, une violence de peur…

Passionnant.

Remarque : encore un lien sur une interview des Pinson Charlot…

« La violence des riches atteint les gens au plus profond de leur esprit et de leur corps » Monique Pinson-Charlot

Crédit photo : moonarchitectures (mandataire) en partenariat avec Air architecture

La Chose – Quand France Culture est dans le ton

Sur ce coup, il y a tout ! Tout ce que j’attends de France Culture : . Le dépaysement, la création, l’invention… le son, les rêves… l’ailleurs !

L’émission est ICI…

Irène Omelianenko nous avait prévenu-e-s, à coup de tweets bien sentis : l’émission valait le détour.

On nage en plein délire, ou au contraire dans le tout-à-fait-concret des ondes, des flux, des curiosités – pas seulement radiophoniques. Pendant 1 heure, Katy Basset, éminente CHOSOLOGUE, sa soeur Françoise qui ne semble pas en reste, mais aussi Laurent Frechuret, vont parler de ces sensations curieuses, de ces gênes et de ces troubles qui naissent en certains lieux, devant certaines toiles de peinture, ou à l’écoute de certaines musiques…

Les phrases se succèdent, plus décalées que jamais… « On trouve des enchosés dans les maisons choseuses »…

Parce que tout au long de cette heure entre délire, rire et une certaine vérité que certains lieux nous parlent différemment (et de loin), il y a aussi une drôle d’approche du passif et de l’actif. « La chose » possède et est possédée. Les objets « produisent de la chose » ou la subissent…

A écouter, vite ! Pour sourire et aller un peu loin. Tout cela vers Saint-Etienne, Roanne… et chez vous…

Crédit image : France Culture

D’après Sur la route (du théâtre en Allier)

Le travail de la petite caravane nommée @surlaroute est absolument remarquable.

Les émissions sont construites au millimètre, Julie Gacon fait preuve de qualités journalistiques hors pairs et la place donnée à « ce qui fait un territoire » est parfaite (lieux , habitants… et activités).

Samedi 12 mars, c’est la Culture des petits bourgs, la culture hors murs et hors musée qui était à la une de France Culture. En l’occurrence le théâtre dans l’Allier.

Construction quasi idéale :

  1. On commence par les acteurs concernés : les troupes actuelles, les pionniers…
  2. On n’oublie pas les bénéficiaires, les habitants des communes devenus spectateurs experts et toujours en désir, jamais aigris
  3. On questionne les politiques sur leurs décisions, sur leur vision de la culture…

Et Julie Gacon excelle dans tous les actes de cette pièce du samedi 12. Lorsqu’arrive  le 3ème acte – politique – , elle relance, réfute, rappelle le contexte… et au final les élus finissent par avancer eux-mêmes dans leurs représentations…

Bravo Sur La Route.

On se retrouve sous le chapiteau, à Hérisson dans l’Allier ?

François

@fmeroth

Voyage au pays de Robert Wyatt en compagnie de France Culture

C’est un peu par hasard que j’ai découvert l’émission « creation on air » ; une histoire de rencontre sur twitter, un tweet qui passe un soir…

Ce n’est en revanche pas du tout hasard si j’ai commencé par cette session sur Robert Wyatt. Robert Wyatt, je le connais depuis bien longtemps ; depuis qu’un ami – oh mon cher Hervé ami très cher et infiniment mélomane – me l’a fait découvrir.

Pendant une heure nous avons l’immense plaisir d’écouter Robert Wyatt encore et encore. Une intelligence musicale hors pair, des connaissances toujours en mouvement et une immense, insatiable envie de continuer à explorer la musique a inventer…

C’est un voyage au pays d’un sage fou. Qui explique avec grande simplicité ses choix. Tant musicaux que vitaux. Robert Wyatt parle de jazz, de ses expérimentations, des choix qui lui facilitent le quotidien et lui épargne les pays sombres qu’il connaît trop bien.

Et l’émission donne l’occasion d’ENTENDRE la musique de Robert Wyatt, pour ceux qui auraient la chance d’avoir encore cela à découvrir 😉

Cerise sur le gâteau, c’est John Greaves qui traduit !

Duras – La sorcière – France Culture – Laure Adler

« Marguerite Duras prend des risques et s’en fout » commence Laure Adler.

Duras, il faut prendre le temps de l’écouter. Comme celui de la lire. Duras parle, rit, sans faire la pause, sans chichis. Elle explore l’ensemble du corps et de l’esprit, de la cuisine au livre en passant par le piano. Sans oublier le passage incontournable par l’alcool. Et toujours elle invente.

La grande traversée nous avait proposé cet été là – je me souviens parfaitement de la pièce où je m’étais donné rendez-vous avec Duras, avec Laure Adler et ces gens qui interrogent une Duras pleine de sourires – la grande traversée donc nous avait proposé cet été là de découvrir Duras chez elle, de la découvrir si drôle, si jeune… Lorsqu’on lit Duras, on a tendance à l’imaginer sérieuse, grave, sombre. Et la radio, ces émissions, nous offrent une Duras terriblement vivante, incorporée au possible, proche de la bouche… du chemin de vie. Avec le désespoir en filigrane, regardé, éloigné.

Duras est une solitaire parfaite qui n’est pas seule. Dans ces émissions, elle montre le combat mené pas à pas contre les portes fermées, et pourtant la littérature, lieu de soi.

Il faut écouter cela, s’offrir ce cadeau là. Foncez, c’est ici !

Photo : Marguerite Duras en 1989 Crédits : Ozkok – Sipa

 

Un voyage musical en terres brûlées – Lady Day par Julie Gacon et Yvon Croizier

C’était le mois de juillet et rien ne laissait présager du grand voyage qu’allaient nous proposer Julie Gacon et Yvon Croizier, que nous côtoyons depuis longtemps déjà en d’autres pays radiophoniques.

Voyage au pays de Lady Day. Un pays ravagé et pourtant lumineux, des fulgurances dans ses interprétations, un sens du drame dès le début… et une voix, une vie tellement intense et rapide, au coeur du blues.

En 5 rendez-vous, Julei Gacon parvient à nous faire entrevoir, comprendre toutes les facettes de cette étoile magnifique qu’est Billie Holiday. Le coup de force de ces émissions est incontestablement de nous laisser entendre la grande dame ET, (et j’insiste sur ce point), de de parvenir à ne jamais se répéter, à toujours nous emporter – car c’est un emportement que ce voyage en pays Holiday – sans une minute de désamour ou d’ennui.

On sent Julie Gacon éprise, prise, aux tripes… Et on le devient soi-même.

J’ai découvert cette chanteuse cet été là, avec Julie Gacon et Yvon Croizier, qui ont – dirait-on – tout lu, tout regardé, tout écouté…

Au final, chaque semaine, j’écoute un peu Lady Day en pensant à ce beau voyage estival que m’ont offert Julie et Yvon.

Photo : crédit Radio France

Les 5 étapes du grand voyage sont là :

  1. Lady sings the blues
  2. Lady Satin
  3. Black lady
  4. Lady in love
  5. Lady day

 

Sur les Docks : Les mots de ma mère

L’équipe d’Irène Omelianenko réalise un travail formidable, explorant des univers multiples, graves et réjouissants.  C’est « Sur les docks »... et c’est sur France Culture.

Ce jour là, début décembre 2015, pendant un peu plus de 50 minutes, Aurélia Balboni  va nous offrir des mots… un rapport de filiation bouleversé, une approche de la maladie de la mère.

Sur 3 ans de films, d’entretiens avec sa mère qu’elle a choisi d’accompagner dans sa terrible maladie du langage et du sens, Aurélia Balboni ne nous offre qu’un parcours sur les 6 premiers mois.  Et quel parcours, quelles chutes… et quels rires aussi !

La maladie de la mère, « démence sémantique », touche au sens et au langage… Pendant 50 minutes, on assiste pantois à l’évolution non seulement de la diction et de l’équilibre de cette femme encore jeune (65 ans). Mais au coeur de cette évolution, il y a aussi la relation d’Aurélia Balboni avec sa mère. Celle de la fratrie avec cette artiste-peintre, ancienne directrice de centre d’art.

La musique va devenir lancinante… Les quatre saisons en boucle. Et les mots de la mère vont se précipiter, sans jamais se chevaucher pourtant mais en une cavalcade terrible, immense accélération répétitive qui nous saisit et laisse une trace définitive dans notre mémoire.

Aurélia Balboni nous propose donc sa voix en contrepoint, moment de paix et ralentissement bienvenu et émouvant. Avec pourtant des sourires en filigranes, malgré la gravité de ce qu’on devine. C’est la grande force de ce documentaire de ne pas nous entraîner dans les tréfonds du drame.

C’est un très beau moment que Sur les Docks nous propose là. Un moment au coeur de la famille, du langage et de la vie qui s’étrange.

@fmeroth

(en image : dessin de Françoise Gibert)