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Charles Dickens: Les Grandes Espérances

D’après une émission de BBC Radio 3, The Radio 3 Documentary, du 11/01/2016

Vu ce monde de précarité, de jungle et de bidonvilles évacués, rasés et reconstruits spontanément, jamais Charles Dickens ne m’a paru aussi actuel.

Dans son bureau de Gad’s Hill dans le Kent, Charles Dickens a écrit une histoire d' »intrigue, de déception et de revanche. »

Le livre se situe la veille de Noël, 1812.

C’est alors que Pip, orphelin, âgé de 7 ans, rencontre un forçat échappé, dans le cimetière du village où est sa famille. Le forçat oblige Pip à voler une lime pour enlever ses menottes et de la nourriture.Pip vit chez sa soeur, une femme odieuse mais dont le mari, un forgeron, est très gentil. Le jour suivant, le forçat est arrêté par les soldats et renvoyé comme prisonnier sur son vaisseau.

Grâce à une bienfaitrice Miss Havisham, Pip commence un apprentissage de forgeron et surtout rencontre la belle Estella dont il tombe amoureux. Au bout de 4 ans il est contacté par un notaire qui a reçu une somme d’argent anonyme pour parfaire l’éducation de Pip à Londres. De nombreuses aventures s’ensuivent et Pip a du mal à cacher ses origines maintenant qu’il a une nouvelle vie, mais ce sera Joe le forgeron qui lui viendra en aide quand il en aura besoin. A l’âge de 23 ans il découvre que le donateur anonyme n’est autre que le forçat reconnaissant et devenu riche en Australie.

Estella, elle aussi adoptée à l’âge de 2 ou 3 ans a épousé un homme de son rang et n’a que des regrets car c’est une brute. Mais tout est bien qui finit bien quand ils se retrouvent onze ans plus tard dans les ruines du manoir de Satis House et quittent les lieux la main dans la main.

Il y a bien sur une certaine moralité dickensienne dans ce roman:

De nombreux enfants orphelins étaient exploités et forcés à travailler jeunes. Et je pense qu’il y a une recrudescence de ce phénomène, quand on voit l’exploitation des enfants par les gangs et la drogue, puis la manière dont ils en disposent au coin d’une rue, une balle dans la tête.

L’ascenseur social avait son charme mais là encore il s’agissait d’être sponsorisé par l’argent sale, celui d’un forçat qui avait fait fortune, mais dont les contradictions personnelles lui offraient cette chance de  rachat.

D’autre part on voit dans « Les Grandes Espérances » ce décalage entre les attentes que l’on peut concevoir et la réalité qui est autre. Du temps de Dickens, il fallait brûler ses lettres pour échapper à ses origines, de nos jours les demandeurs d’asile sont prêts à brûler leurs papiers et changer leur identité ou leur nationalité, tout ceci pour justifier d’une appartenance sociale.

Parler d’intégration sociale me fait bien sourire dans ce monde de classes où 62 personnes possèdent autant que la moitié de la planète.

L’émission nous explique comment les livres étaient publiés à l’époque, chapitre par chapitre, dans le Weekly standard, ou plutôt en petits épisodes, pour faire durer le suspense et la vente. Dickens les appelaient des « teaspoonfuls’, des cuillérées de thé.Voilà comment le livre a été l’instigateur du feuilleton  et quand je bois avec délice mon thé chaud au jasmin devant mes streams de séries diverses, je ne peux m’empêcher de penser à ces petites cuillères à thé en argent, symbole du travail ardu de l’auteur.

Dans le manuscript d’origine il n’y avait aucune illustration, car Dickens voulait remplir ses deux colonnes dans le journal. Il écrivait 5000 mots à la fois et finit le livre en 9 mois et demi.

Dickens a ouvert un magazine sur Wellington street,il  rencontre quelques difficultés financières en 1860 et « Les Grandes Espérances » vont l’aider à relancer les affaires. Il retourne vivre à Gad’s Hill et brûle toutes ses lettres comme pour effacer son passé. Il venait de se séparer de sa femme et avait rencontré une actrice, une certaine Miss Thomas. Il faisait très attention à sa réputation. Ellen Ternan,âgée de 18 ans,alors qu’il en avait 45 a inspiré le personnage d’Estela. Elle le menait par le bout du nez.

Certaines lettres ont été retrouvées et une fut publiée dans le New York Times, donc déjà à l’époque, la vie privée d’une célébrité pouvait être révélée dans la presse et ceci sans scrupules. Dickens d’ailleurs leur adressa une réponse personnelle, une mise au point.

Il paraît qu’il a écrit 2 conclusions pour « Les Grandes Espérances », une d’illusion perdue et le « happy end »qu’il finit par choisir.

Je me dis toujours que nous en sommes en partie responsables de nos choix..plus facile dans la fiction que dans la réalité je sais mais je voudrais retourner en arrière et réécrire l’année 2015 et nous voir marcher vers l’horizon la main dans la main.

Francoise  @FranGB75