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D’après Sur la route (du théâtre en Allier)

Le travail de la petite caravane nommée @surlaroute est absolument remarquable.

Les émissions sont construites au millimètre, Julie Gacon fait preuve de qualités journalistiques hors pairs et la place donnée à « ce qui fait un territoire » est parfaite (lieux , habitants… et activités).

Samedi 12 mars, c’est la Culture des petits bourgs, la culture hors murs et hors musée qui était à la une de France Culture. En l’occurrence le théâtre dans l’Allier.

Construction quasi idéale :

  1. On commence par les acteurs concernés : les troupes actuelles, les pionniers…
  2. On n’oublie pas les bénéficiaires, les habitants des communes devenus spectateurs experts et toujours en désir, jamais aigris
  3. On questionne les politiques sur leurs décisions, sur leur vision de la culture…

Et Julie Gacon excelle dans tous les actes de cette pièce du samedi 12. Lorsqu’arrive  le 3ème acte – politique – , elle relance, réfute, rappelle le contexte… et au final les élus finissent par avancer eux-mêmes dans leurs représentations…

Bravo Sur La Route.

On se retrouve sous le chapiteau, à Hérisson dans l’Allier ?

François

@fmeroth

Mes bénéficiaires

Ils viennent à notre rencontre tous les mardi soirs, certains depuis longtemps, d’autres de passage.

C’est une rencontre, on ne sait rien d’eux ou peu. Parfois ils nous font la confiance de raconter des moments de leur vie d’aujourd’hui et plus rarement de leur vie d’avant la rue.

Au début, j’avais un peu peur d’eux. Au début c’était comme avant de les rencontrer. Avant j’avais un peu peur des clochards. C’est comme ça que je les appelais.

J’avais peur de leur saleté et de leur odeur, j’avais peur de leurs réactions sous l’effet de l’alcool, j’avais même peur de les regarder.

Et puis un jour j’ai eu du temps libre un soir par semaine. D’abord j’ai vu des amis et Odile a pensé qu’elle pouvait m’emmener à une distribution. Elle m’a dit « viens, ne t’inquiète pas : c’est simple, il faut donner une assiette pleine à des gens dans la rue ».

J’y suis allée et j’ai donné des assiettes fumantes en disant « bonsoir et bon appétit » à l’abri derrière une longue table et d’autres assiettes fumantes, j’avais toujours un peu peur.

Et après tous les mardis et cela depuis mars 2009.

Ça a pris du temps et je ne sais plus quand j’ai cessé d’avoir peur mais un jour, métro Abbesses avec mes enfants d’une dizaine d’années, on a pris l’ascenseur avec un clochard très abimé, dont le regard ne rencontrait plus rien, très loin : il était tellement loin cet homme-là, j’ai eu de la peine et puis j’ai senti la crainte de mes enfants. Et là je leur ai dit que c’était un monsieur très abimé et perdu, qu’il avait lâché la rampe et que peut-être qu’on ne pouvait plus grand-chose pour lui mais qu’au moins il fallait ne pas avoir peur de lui, le regarder parce que c’était un homme et pas une chose repoussante, et avoir de la compassion pour lui. C’était fini la peur et il fallait transmettre cette façon de regarder les autres à mes petits. Je crois que le sentiment est passé : dans la rue ou dans le métro, on s’assoit à côté des clochards et on leur répond quand ils nous adressent la parole, tous les trois (j’ai deux enfants) sans se concerter. Je vois bien que quand je m’arrête dans la rue et discute avec un bénéficiaire que je reconnais, les gens nous contournent avec curiosité. C’était moi avant, je ne les juge pas eux non plus.

Ce regard qui a changé c’est une reconnexion. Je ne sais pas de quand datait la déconnexion mais elle avait la vie dure. La reconnexion s’est faite magiquement grâce à MES CLOCHARDS. Ben oui ce sont les miens et je les prête volontiers à ceux qui s’en occupent bien, Grand Robert*, Petit Robert*, Pascal* et même Olivier* qui n’a pas réussi à me faire renoncer au rendez-vous (bouffées délirantes à plusieurs reprises en 2014 : il pensait que je voulais le tuer).

(* j’ai conservé les prénoms, ils sont déjà bien assez anonymes…)

Petit Robert est musicien, réunionnais, se souvient de toutes les dates de naissance de tous les bénévoles et des grands évènements de l’histoire contemporaine, connait toutes les chansons populaires depuis les années 60, fait attention à sa mise et à sa santé et vit loin en Seine-et-Marne. C’est tout ce que je sais mais on sourit beaucoup et on chantonne aussi.

Grand Robert est grand donc, aime le football mais vient quand même les soirs de match parce que « vous venez bien vous ! », a un rein en moins depuis 2 mois et va bien mieux merci, veille toujours d’un œil sur les filles bénévoles à ce que personne ne les embête. On parle de tout et de tout, de foot et de philo, on s’inquiète de sa convalescence et on se réjouit qu’il n’ait plus de médocs à prendre.

Pascal est calé en cinéma, il voit presque plus de films que moi… je crois qu’il a des places par la Mairie de Paris et des associations. Toujours il demande des nouvelles des enfants parce que c’est vrai que j’en parle volontiers, rejouant en sketches les situations avec répliques fulgurantes de ma fille et saugrenues de mon fils : ça fait rire tout le monde, je suis douée en imitations d’ados et en grimaces. Un soir Pascal est arrivé et m’a dit d’emblée « j’ai beaucoup bu ce soir, excuse-moi ». Alors j’ai essayé de lui proposer à manger (pas beaucoup) pour éponger et boire un peu de thé, c’est mon côté «  le thé soigne bien les Anglais pourquoi pas nous ». La conversation était un peu moins fluide mais ça allait quand même, habitué probablement depuis fort longtemps, il donnait le change sans trop d’effort. Mais il est venu parce que « vous venez bien vous ! ».

Voilà ce sont de très fines tranches de vie. On est à l’écoute, très vigilants, on les observe chaque mardi pour voir s’ils vont bien, mieux, mal, plus mal. S’ils sont malades ou bien portants, s’ils se sont soignés depuis la dernière fois, s’ils ont renouvelé leur pass Navigo, s’ils ont besoin d’un pull ou d’une nouvelle couverture. S’ils ont le moral, s’ils divaguent, s’ils ont bu et s’ils ont accepté de l’aide. On fait le point, à nous quinze ou vingt on tente de balayer notre petite escouade de gens de la rue (mais pas que) du mardi soir pour n’oublier personne parmi les présents et aussi les absents, et entendre le plus petit et timide appel à l’aide.

Un jour je vous parlerai des bénévoles. Promis.

Voyage au pays de Robert Wyatt en compagnie de France Culture

C’est un peu par hasard que j’ai découvert l’émission « creation on air » ; une histoire de rencontre sur twitter, un tweet qui passe un soir…

Ce n’est en revanche pas du tout hasard si j’ai commencé par cette session sur Robert Wyatt. Robert Wyatt, je le connais depuis bien longtemps ; depuis qu’un ami – oh mon cher Hervé ami très cher et infiniment mélomane – me l’a fait découvrir.

Pendant une heure nous avons l’immense plaisir d’écouter Robert Wyatt encore et encore. Une intelligence musicale hors pair, des connaissances toujours en mouvement et une immense, insatiable envie de continuer à explorer la musique a inventer…

C’est un voyage au pays d’un sage fou. Qui explique avec grande simplicité ses choix. Tant musicaux que vitaux. Robert Wyatt parle de jazz, de ses expérimentations, des choix qui lui facilitent le quotidien et lui épargne les pays sombres qu’il connaît trop bien.

Et l’émission donne l’occasion d’ENTENDRE la musique de Robert Wyatt, pour ceux qui auraient la chance d’avoir encore cela à découvrir 😉

Cerise sur le gâteau, c’est John Greaves qui traduit !

micro fictions

Micro fictions  : un  tout petit moment de grâce, juste avant midi,  quelques minutes qui valent le détour d’oreille.  Petites pépites qui illuminent longtemps la mémoire.
Cette semaine c’est Solenn Denis qui les a écrites, ces petites minutes apéritives. Solenn Denis… je reviens quelques années en arrière.  Elle  avait été la lauréate du prix Godot pour sa pièce Sstockholm, un prix décerné par lycéens et élèves de troisième à la pièce qu’ils ont préférées parmi  six . Lectures, débats passionnés et travaux divers d’écriture, de mise en scène, de mise en voix…liberté et créativité totales. Mais surtout : rencontrer l’auteur, lui parler, l’entendre donner vie et chair à son texte. Solenn Denis était là  : belle, jeune, les ongles rouges, souriante, si merveilleusement disponible. Mes élèves avaient écrits des textes que j’avais réunis dans un recueil que nous avons offert à Solenn.  Ils avaient aussi mis en scène certains de leurs textes. C’était magique, tant d’envie,  tant de désir, tant de plaisir partagé.  Un moment qui fait monter les larmes et qui rend fier.

Sstockholm : une pièce qui revient sur la séquestration d’une jeune fille autrichienne, un fait divers étrange et très dérangeant. Les élèves ont choisi avec un bel ensemble la pièce qui les questionnait le plus durement, sans aucune concession. Courage des adolescents à qui seule la vérité va convenir. Elle écrit bien, elle a tant de talent qu’elle en a donné à mes élèves. Merci Solenn. Merci à l’équipe du Panta Théâtre de Caen qui prend les élèves au sérieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes poids lourds de la plume

J’ai découvert ce blog il y a quelques pages… Il est dédié à la Radio et à ses émissions qui colorent notre quotidien. Je vais faire une digression. J’avais juste envie de parler de ces écrits qui nous croisent, voir nous chaperonnent durant les années. Il n’y a pas de placement de produits, aucun abonnement gratuit, juste une grande envie de dire … takk fyrir.

Je veux parler de ces griffes suivies au fil du temps. Pour situer le point de départ approximatif, c’est une époque où le Minitel n’existait pas, les téléphones en bakélite étaient alors en nette voie d’extinction, il y avait des revers aux pantalons. Je parle là des premiers liens sociaux hors sols, époque de mes premiers balbutiements en lectures journalistiques. Le Matin de Paris avait disparu. J’empruntais Libé parfois, la première fête de la Musique n’était pas bien loin (République Bastille avec Jacques Higelin). Derrière les mots il n’y avait pas seulement des clavistes qui mettaient leurs grains de sel de temps à autres, ou des petites annonces bien cocasses mais aussi des poids-lourds de l’écriture avec lesquelles j’ai grandi et… Mûri, un peu.

Le premier fut Sorj Chalandon. Découvert par hasard, Il était correspondant en Irlande et parlait d’Ira. Ca date un chouia tout ça. Je l’ai perdu de vu, et retrouvé, Non pas dans le Canard Enchainé, mais à travers ses livres. Et là, je ne l’ai plus du tout quitté. Chaque livre est encore plus fort que le précédent. L’écouter parler de ses opus est encore plus troublant. Quand il explique jusqu’où il à été pour transcrire le ressenti d’un snipper… C’en est même ahurissant. Après, dans Libé, il y eu les pages Portraits, les suppléments mille-feuilles, là aussi, des signatures suivies. J’y ai lu Olivier Bertrand qui officie dorénavant dans les Jours et Eric Béal  de Liaisons Sociales Magazine. Pour ce dernier support il y a aussi Sandrine Foulon que l’on retrouve sur Inter. Retour aux annėes 90, Sybille Vincendon de Libé parlait déjà d’urbain et d’humains, dans la rubrique société, je crois bien. Ses articles, je les apprécie vraiment. Elle a dû en traverser des tempêtes, gardien-ne de phare peut-être. Et puis d’autres dont j’ai oublié les noms… après, j’y ai suivi Blandine Grosjean, perdue de vue puis retrouvée quelques temps sur Rue89, beaucoup de lecteurs s’y croisaient à coup de billets d’humeur… juste avant que ça ne se transforme en onglet dans l’Obs. De les suivre me donne l’impression de les connaître… L’impression seulement, mais leurs articles me parlent…

Et puis un jour il y eu twitter. Pour suivre des journalistes, tout s’est simplifié. Guillemette Faure est une plume drôle du supplément du Monde, (qui succéda au Monde2 celui qui enrichissait durablement). Elle est concise, et cultive un sacré don pour l’observation de nos contemporains. A coups d’invitations qu’on imagine piochées au hasard les yeux fermés, en quelques touches sur le clavier, elle dresse une galerie de portraits, parfois complètement décalés. Elle a un côté anthropologue ès VIP, ça peut être ultra-swag comme VIP, mais aussi à l’opposé. S’il fallait mettre une image sur sa galerie, ça serait un peu dans l’esprit de JR au Panthéon. Mais, à la réflexion, je ne sais pas si c’est vraiment le hasard qui prédomine dans ses choix ; je ne crois pas. De ces invitations parfois très incongrues, auxquelles nous n’étions évidement pas conviées, elle nous y entraîne avec gaieté. Elle donne toutes les clefs pour décoder, (excepté le dress-code, ceci dit, lire ses billets habillée d’un simple gilet en poils de Chewbacca tressés avec un pyjama rayé, vautrée sur canapé semble accepté). Ses chroniques sont trop courtes. Parfois, enfin un grand papier, une enquête poussée, mais pas assez souvent, c’est évident. C’est bien tourné avec de l’humour bien trempé. On peut maintenant l’écouter à la radio. Dans un autre registre, son dernier livre -aux éditions les Arènes– est devenu l’incontournable cadeau de naissance à offrir aux nouveaux parents. On est loin de Laurence Pernoud, ouf, mais ce qu’on soupçonnait en tâtonnant y est écrit noir sur blanc. Si ça peut éviter des ratés, tout en gagnant du temps…

Ma liste de plumes est loin d’être exhaustive, il y en a tellement… Mais il faut que je finisse ce mini-tour d’horizon avec Slate. Là, je me suis mise à suivre des articles qui parlaient de whisky, étrange idée vraiment. Le whisky je l’appréciais sous l’angle social mêlé de solidarité, ma référence en la matière c’était le film de Ken Loach la part des anges. Pourtant, je dois bien avouer… je préfère de loin une bonne bouteille de Cacolac certifiée non tourbé plutôt qu’un whisky même japonais. Mais ces papiers là, je les dévore avec assiduité. C’est d’abord un concentré de rubriques ces articles ; évènement, économie, international, culture, même les rubriques sport et santé ont été évoquées. C’est MA série à moi pas-vue-à-la-Tv et je ne loupe absolument aucun épisode. Là aussi, c’est construit, fouillé, travaillé, avec beaucoup d’humour. Cette alchimie est distillée avec générosité. Game of Thrones peut aller se rhabiller. Il y même des clins d’oeil politiques qui transpirent à travers ses billets. Non, vraiment : je ris, à chaque lecture, c’est ma récré. Et puis… Ce n’est pas mon gosier qui se déshydrate en lisant, c’est ma vue et mon odorat qui s’aiguisent carrément… Voyage à bout portant… Christine Lambert y écrit tous les jeudis. Elle a même réussi depuis janvier, à créer un manque en assoiffant ses aficionados une semaine sur deux… Elle va encore y arriver à multiplier le nombre de ses lecteurs, et là, explosion des compteurs.

Ses articles ont été très loin. Je me suis mise à chercher des alambiques en vrai ; ma curiosité piquée m’a poussée à rencontrer de jeunes brasseurs pour mieux comprendre le processus. J’ai même été visiter une distillerie irlandaise -Teeling- pour combler mon appétence visuelle. Ce sont deux photos prises à cette occasion qui illustrent cette page. En suivant des plumes qui me parlent au delà des mots, des articles font que j’avance. Et puis les lire, ce n’est jamais que découvrir un mélange d’analyses et d’écrits qui demandent souvent maturation, on est dans le ton.

Teeling

Et si il fallait rajouter une allégorie, je dirais que certains articles disposent d’un bac de révélateur puis d’un bac de fixateur… J’en sors aussi parfois rincée.

Ségo.

Interview de Joanne Liu, Présidente de Médecins sans Frontières

photo et lien: http://www.msf.org/

https://itunes.apple.com/gb/podcast/heres-thing-alec-baldwin/id472939437?mt=2#episodeGuid=http%3A%2F%2Fwww.wnyc.org%2Fstory%2Fhtt-joanne-liu%2F

Je dédie à Béatrice ma fille, humaniste, amoureuse de la vie et des animaux, ce podcast » Here’s the Thing »  de la chaîne américaine WNYC studios qu’elle m’avait recommandé à l’occasion.C’est l’acteur Alec Baldwin qui fait des interviews de qualité, m’avait-elle dit. Et le dernier, daté du 1er mars, n’a pas failli. Selon mon habitude j’ai choisi des extraits et j’y ai apporté, si cela s’y prêtait, ma touche personnelle :))

J’ai trouvé dans le livre de Christiane Taubira, « Murmures à la Jeunesse », cette belle phrase d’Edouard Glissant que je voulais partager avec vous: « Pense avec le monde, il ressort de ton lieu, agis en ton lieu,le monde s’y tient. »

 » La différence entre MSF et les autres ONG c’est qu’ils disent ce qu’ils voient franchement, dit Alec Baldwin. »

AB: « Où est ce que vous allez et pourquoi? »

JL: »On apporte de l’aide aux populations en détresse, que ce soit un conflit armé, une guerre, catastrophe naturelle ou une épidémie. En ce moment on travaille à partir de zones de guerre comme le Sud du Soudan, la RCA, la Syrie et le Yemen. On a travaillé à Haiti au moment du tremblement de terre par exemple ou au Congo pour répondre à une épidémie de varicelle. »

AB: » Est-ce que vous mobilisez les forces médicales locales ou vous amenez de l’assistance médicale de l’extérieur ou les deux? »

JL:  » Nous avons un personnel médical de 30 000 et 10 nationaux pour 1 international. Nous travaillons dans 70 pays et nous avons un budget d’1 Milliard 300 000.

AB: »Est-ce que ce sont des travailleurs à plein temps ou des volontaires? »

JL: » Les nationaux travaillent à plein temps. Les internationaux le font pendant quelques années puis retournent à leur vie professionnelle. »

AB: « Vous avez grandi au Canada? au Québec. Et quand vous faisiez vos études pensiez-vous faire du travail humanitaire? »

JL: » Oui. Déjà à  13, 14 ans je voulais travailler pour MSF et j’avais lu un livre d’un médecin qui avait travaillé pour MSF et qui s’appelait: »Et la paix dans le Monde? » et je me suis dit « Wow this is so coooool! et c’est ce que je veux faire. Et à 18 ans je suis partie volontaire en Afrique comme travailleur humanitaire. Et je me suis dit voilà, c’est bien ce que je veux faire dans la vie. »

AB: » Quel est le premier poste que vous avez accepté? »

JL: » J’ai prié pour qu’on me donne un poste, faire le ménage n’importe quoi! »

AB: « Et pourquoi? »

JL: »Je suis la fille d’un immigrant chinois, dans la restauration, très reconnaissante pour ce que la vie m’a apporté, et le fait que j’ai eu accès à l’éducation et j’ai toujours voulu montrer ma reconnaissance et rendre ce qu’on m’avait offert. »

J’ai compris ce que disait Joanne Liu, car j’ai fait le CNED sur 5 ans pour obtenir ma licence de lettres comme étudiant travailleur, j’étais éducatrice spécialisée. Vivant en Angleterre j’ai postulé pour le Postgraduate Certificate of Education á Gipsy Hill, j’étais une mère célibataire de 30 ans. A cette époque,on pouvait avoir une bourse, ce que j’ai obtenu puis j’ai tout de suite travaillé dans les quartiers difficiles de la région londonienne. A Ashford dans le Middlesex, prés de Heathrow Airport, je faisais 3 heures de train aller-retour pour aller à  mon premier poste, les avions rasaient le toit du collège et les classes n’étaient pas insonorisées..

Puis sur le Park Barn Estate, la cité HLM de Guildford. Le chef de département des langues, un amour d’homme comme on en rencontre dans la profession dans ces établissements où il faut avoir la vocation pour travailler, m’a dit Françoise, je veux que tu vois la classe d’abord pour savoir à  quoi tu t’engages. Je suis rentrée dans cette classe où tous les élèves étaient debout en train de se battre et cette pauvre prof enceinte jusqu’aux yeux, parlait seule devant son tableau. Elle partait en dépression. Il y avait des carreaux de fenêtre cassés et un jeune avait la tête bandée et sanguinolente..Je suis restée dans l’encadrement de la porte en toussotant, y en a un qui a dit c’est l’inspectrice ( haha je me suis dit plus tard) et tout le monde s’est assis, je suis passée dans les rangs, j ai noté les carnets et les noms, j ai joué mon rôle d’inspectrice^^,les cahiers étaient vides ou pleins de graffitis je vous en passe..et je suis retournée voir le chef de département, et j ai dit ok mais je veux carte blanche et je veux la classe de littérature du A’level car c’était un lycée. Il m’a dit carte blanche c’est-à-dire?? A juste titre..j’ai dit ce sera entre « Pavlov dog et positive reinforcement », on va changer la classe mais avant que je revienne on demandera au directeur un coup de peinture et des fenêtres, quand aux pupitres j’achèterai du papier de verre, on pourra les nettoyer en chantant « Non, je ne regrette rien » (blagounette Mr. Glover sorry, j ai choisi Hubert-Félix ThiéfaineSoleil cherche futur,

  Et la première leçon a commencé ainsi, « C’est notre classe,notre pupitre, notre cahier,notre univers.. » 

Ensuite je suis partie en Suisse puis en Espagne mais vingt ans plus tard j’ai voulu retourner à  mes premiers amours, « to make a difference » à  Londres et rendre comme Joanne Liu..ce sera une autre histoire.

JL:  »  Mon premier poste fut au Tchad pour 3 mois après Pre-Med, c’était la guerre entre le Tchad et la Libye, et j ai travaillé dans un dispensaire. »

AB: » Et quand vous êtes partie, étiez-vous triste ou énergique et vous en vouliez plus? »JL: » Je voulais d’abord finir mes études. »

AB: » Est-ce qu’il y a eu un moment dans votre carrière où vous vous êtes dit c est trop dur, c est trop pour moi? » JL: » Oui, il y a eu des moments où je me suis sentie en danger et j ai senti que je mettais les autres en danger. En Tchétchénie, on avait tout le temps peur d’être kidnappé et on savait que si quelque chose arrivait à un membre du personnel de MSF on quitterait les lieux, alors on espérait que cela n’arriverait pas car ils avaient tellement besoin d’aide. On avait des cliniques là-bas « undercover ».

AB: » Vous êtes pédiatre. A chaque fois que je vois des images de guerre ou de catastrophe je vois des enfants souffrir. Il faut être solide pour faire ce métier là.. » JL: » Il faut être plutôt solide oui et il faut savoir se concentrer sur ce que l’on peut sauver, la vie et non se concentrer sur la mort.  Et je dis ça parce qu’il y a eu une famine au Kenya en 2012, les gens marchaient pendant des semaines, et en une journée j’ai perdu 6 enfants. A l’hôpital de Montréal il y a 6 morts par an sur 80 000 patients..

Et la même chose avec Ebola, c’ était si difficile au niveau humain, la confrontation au quotidien avec la mort. Nous sommes formés pour sauver des vies et avec Ebola, nous perdions 50% de nos patients.

Je me battrai de tout mon corps pour que cela ne se reproduise plus. Un virus identifié en 1970 et pourtant nous n’avions ni vaccination ni traitement. Et ceci est inacceptable. Ceci est le défi du XXIe siecle! « We need to put our act together »!

Chers Lectrices, Lecteurs que dire de plus. Je salue le courage de Joanne Liu! Je remercie Alec Baldwin de nous avoir fait partager ce podcast. Il faudra que vous le cherchiez sur Itunes et que vous l’écoutiez les anglophones.

Ce sont des femmes comme elle que je voudrais au pouvoir, des femmes dévouées à l’Autre..Honte à celles qui incitent à la haine alors qu’il y a tant à faire pour l’Humanité et la Planète!!

Françoise

@Fran75GB

 

A voix nue – Marc Perrone

Toute cette semaine, A Voix Nue accueillait Marc Perrone. Compositeur, interprête, accordéoniste et – on l’apprend au fil de cette belle série d’émissions – ancien sportif.

L’importance accordée dans sa musique au mouvement du corps par Perrone n’est pas sans signification ; atteint de sclérose en plaque depuis de longues décennies, sa mobilité en est réduite et il explique – toujours avec un sourire et en laissant l’interlocutrice saisir ce qu’elle veut – qu’il compose en se remémorant une danse, un geste, une courbe…

Marc Perrone a une voix douce, calme, pleine de sourires. Et c’est au détour d’une phrase qu’on comprend mieux le poids de la SEP… lorsqu’il exolique que le très beau morceay « Son Éphémère Passion » reprend l’acronyme de sa maladie…

« L’empirisme contre attaque », dit Marc Perrone ! Avec plein de conséquence(s) derrière cette phrase.  Quand Marc Perrone dit cela, il pense au tâtonnement qui laisse s’écouter soi-même. C’est la même attention à l’individu, à la personne qui le rend si attentif à ce qui distingue les interprétations d’un même morceau : on ne reproduit pas à l’identique, on apporte sa touche. Et c’est l’acte de création.

Les entretiens proposés par A Voix Nue sont tout en petites touches, en complicité exigeante. C’est de l’ordre du magique. A écouter ! Bravo Aline Pailler.

(J’ajouterai prochainement une video….)