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Nous les pionnières, ep.2 suite

D’après l’émission de the Essay, @BBCradio3, du 15 mars 2016, Episode 2, suite. Madeleine Bunting, auteure et journaliste devant the British Academy: Qui va prendre soin de qui?

lien: http://www.bbc.co.uk/programmes/b073b0x6

« En 2012 Anne-Mary Slaughter écrivit un article dans The Atlantic Magazine pourquoi elle avait décidé d’abandonner son poste de conseillère gouvernementale pour s’occuper de son fils ado. Elle s’est rendue compte qu’elle avait tellement travaillé dans sa carrière et que maintenant elle voulait prendre soin de son fils d’abord et qu’elle pensait que de s’occuper des siens étaient une activité première. »

« Wakie Wakie Good for her..Tout de suite je me suis dit qu’elle avait les moyens de faire ce choix, combien ne l’ont pas. »

« Le fait que s’occuper des siens soit une activité reconnue et essentielle ne fait pas partie du débat public. La génération transitoire est affectée par les réductions budgétaires: le petit déjeuner n’est plus servi à l’école; les patients convalescents hospitalisés sont renvoyés à la maison plus tôt  que prévu; le soutien pour les malades mentaux est fermé; l’aide à domicile pour les seniors est réduite ainsi que les centres de jour pour ceux qui se sentent seuls et abandonnés. »

« Ah je me suis souvenue du breakfast club à Phoenix High School où j’enseignais, près du White City Estate, un des quartiers les plus pauvres de Londres, j’espère qu’il est toujours subventionné. J’arrivais tôt  le matin et les enfants attendaient les quelques profs qui allaient acheter leur bacon butty dans l’espoir d’une offrande, nous le faisions tous en disant demain tu apportes tes sous hein mon petit, mais en sachant parfaitement que l’enfant quittait tous les jours la maison l’estomac vide. »

« Double tâche pour les femmes, car ce sont elles qui représentent la majorité de la population active, et voila que les services sont réduits, que les postes également, que l’on demande à des équipes de collègues proches de refaire une demande d’emploi pour moins d’offres de poste. »

« Ça me rappelle le film des frères Dardenne, »Deux jours, une nuit » avec Marion Cotillard qui frappait à toutes les portes de ses collègues pour garder son poste, il fallait qu’ils lâchent leur prime. Courage et humiliation. »

« Ce sont les femmes qui ramassent les pots cassés, que ce soit s’occuper de parents âgés ou d’enfants. Et tout ceci quand la population vieillit et que les avancées de la médecine permettent aux gens de vivre plus longtemps. Ce sont les familles et les amis qui s’occupent des soins de nos jours. Les femmes qui vivent plus longtemps que les hommes sont obligées de reprendre ce que l’Etat a abandonné et de manière disproportionnée. De plus le changement opéré à l intérieur du cercle familial a lui-même considérablement changé, les divorcés, les célibataires, la mobilité géographique et moins de naissances ont rendu les choses plus dures. »

« Eh bien moi née dans cette génération transitoire, finalement à la retraite depuis 2 ans je suis un exemple typique de cette description de Madeleine Blunting, divorcée avec une fille, je m’occupe de mes deux parents octos, divorcés et veufs eux-mêmes et  qui vivent dans une région différente. Je me suis promise de ne jamais faire porter à ma fille ce que j’ai entrepris avec les parents mais déjà elle vient de me déménager de Londres avec des amis pour que je puisse m’installer près de mon père, le plus perdu des deux..Je pense que je suis loin d’être la seule dans ce cas.

A l’Etat de jouer son rôle! Ils feraient mieux de s’occuper des soins aux seniors et aux proches aidants que du patronat et des réductions d’emploi soutenus par leurs plans sociaux. Oui l Etat Providence auquel nous contribuons activement par nos impôts et nos cotisations sociales j’insiste et qui préfère régaler quelques chefs d’Etat en réunion sans fin au lieu de penser aux siens, tout ceci dans l’espoir de vendre quelques Rafales..la guerre fait vivre.. »

Françoise

@Fran75GB

 

 

Prendre soin 2eme partie: Nous les femmes..

D’après l’émission de the Essay, @BBCradio3, du 15 mars 2016, Episode 2. Madeleine Bunting, auteure et journaliste devant the British Academy: Qui va prendre soin de qui?

lien: http://www.bbc.co.uk/programmes/b073b0x6

« C’est à la maison, dans la famille que la plupart d’entre nous apprennent la notion de soin, de prise en charge. Nous gardons ces souvenirs d’enfance tout au long de notre vie. Peut-être au goûter,  les « baked beans on toast » après l’école ( so British^^chez moi c’était plutôt le pain et la barre de chocolat, j’imagine que ces images du goûter en rentrant de l’école varient du pot de Nutella au pot de confiture) ou le parfum de lessive de l’uniforme scolaire qui avait été soigneusement lavé et repassé, ou l’odeur du foyer dès la porte ouverte, l’odeur de propreté, de la nourriture et de la chaleur ambiante. »

« On peut prendre pour acquis ce genre d’attention, cette sensation de sécurité et de stabilité que ressent un enfant dans ce monde: son « toit », l’endroit où l’on peut se détendre, se réfugier, être rassuré, consolé et encouragé. »

« Aujourd’hui je me concentrerai sur le fait que la dévaluation systématique de la prise en charge et des soins affecte les femmes dans leur rôle de femme au foyer.  Depuis des siècles ce que nous faisons a la maison, dans notre espace privé est totalement bouleversé. Ainsi les femmes en particulier sont au centre des attentes de ce changement dramatique qui s’opère. »

« Pendant la révolution industrielle par exemple, il y avait une séparation entre le monde du travail et le foyer. La période victorienne a idéalisé cette nouvelle domesticité. Il y avait une séparation des rôles de l’homme et de la femme: L’idéal c’était que l’homme se rendait au travail et la femme restait à la maison pour prendre en charge la famille. Le foyer c’était le paradis dans un monde capitaliste sans cœur. On y apprenait des valeurs tout à fait différentes que celle de la compétition des marchés, comme l’altruisme, la douceur, la patience, un foyer où l’on pouvait entretenir des relations de confiance et de loyauté. »

« En réalité les femmes devaient aussi aller travailler et le foyer était loin d’être ce refuge. Mais la prise en charge des enfants, des personnes âgées, des malades et des mourants avait sa place à la maison. »

« Après la guerre, l’Etat-Providence redéfinit la prise en charge et les soins des plus vulnérables de manière collective du berceau au tombeau. Pour la première fois, les femmes furent soutenues dans leur charge de s’occuper de la maison et des leurs. Aussi se développa la professionnalisation du soignant, particulièrement dans le domaine de la santé mentale. Ce furent surtout les femmes qui prirent ces postes et transférèrent leurs compétences familiales au domaine professionnel du secteur public. Par conséquent le nombre de mères au travail augmenta considérablement. Ceux qui furent les plus affectés par ces changements dramatiques furent les enfants nés entre 1950 et 1975. Je les appelle la génération transitoire: ils apprirent leur modèle de prise en charge  des soins à travers leur mère et dans leur vie professionnelle inventèrent un nouveau modèle qui s’adapta autour de leur travail. Les mères s’organisèrent en prenant des pauses dans leur carrière, en choisissant des horaires flexibles, en mettant les enfants dans des crèches et à l’étude après l’école. Ainsi les femmes devaient être à la mesure d’un idéal de maternité passé et en même temps être innovatrices et concurrentielles dans leur vie professionnelle. »

« Vous nous raconterez chers lectrices lecteurs comme c’était pour vous enfant si vous le désirez. En ce qui me concerne je suis née en 1951 et je fais partie de cette génération transitoire de l’après-guerre où la vie était dure pour tous.

Mes parents étaient arrivés à Paris  d’Alexandrie jeunes, mon père faisait des études de droit et enregistrait les nouvelles à Svp pour le téléphone pour se faire des sous. Nous habitions ce qui devait être un HLM à Saint-Ouen à l’époque. Ma mère gardait les enfants et faisait du repassage si je me souviens bien. Papa était souvent à l’armée ce qui n’arrangeait pas les choses financièrement. Je me souviens de son service militaire qui avait duré une éternité, puis il y avait eu la guerre d’Algérie et il avait été mobilisé puis envoyé en Allemagne. Je devais avoir 4 ou 5 ans quand nous sommes partis, il travaillait alors dans un hôpital militaire.

Je pense que Maman a trouvé la vie dure, la famille lui manquait et le pays aussi, le soleil surtout et la plage et les balades en mer le week-end. Je ne sais pas exactement à quelle époque mon père a passé son CAPA pour devenir avocat puis il est devenu officier. Mais mon petit frere est né et nous avons changé de banlieue. Peu après Maman a commencé a travaillé dans un bureau d’assurances et a longtemps pris le train pour la gare Saint-Lazare.

Puis nous avons déménagé dans le 9e prés du bureau de Papa et de Maman, bientôt ils ont divorcé et ça a été mon époque Antoine Doinel^^, « les 400 coups » dont je vous ai parlé une fois dans ce blog..oui je détestais le lycée Jules Ferry avec ces douze sixièmes, et ces couloirs qui tournaient éternellement, je détestais Mademoiselle Badadi Badadoit, notre professeur de francais, latin qui me mettait des zéros à la pelle et me fit redoubler la sixième la méchante^^Elle dit à mon père que je ne serais même pas bonne pour travailler à la poste et il lui répondit, Madame Il n’y a pas de sot métier. Vous imaginez que cette anecdote est restée dans les annales familiales. 

Mon univers se situait au Monoprix de la Place Blanche où j’allais directement après le lycée, regarder les rayons et parler aux vendeuses. Puis un jour Maman m’y emmena et toutes les vendeuses se mirent à dire mais c’est Françoise! Bonjour Françoise à la grande surprise de Maman qui apprit alors que je n’étais pas sagement à l’étude en train de faire mes devoirs..Pauvre Maman qui prenait un café au lait à midi et se privait pour que nous ayons assez mais tout ceci bien entendu je ne le compris que des années plus tard..

Oui ce n’était pas facile pour la femme qui travaille, certaines l’ont vu comme une libération, les classes moyennes probablement, moi j’aurais bien voulu avoir une enfance comme celles qui avaient leur mère à la maison en rentrant de l’école et moi-même quand j’ai eu la petite, j’aurais voulu la voir grandir au lieu de l’emmener à la nourrice et je me souviendrai toujours quand elle courait comme une flèche tout le chemin du retour quand je venais la chercher le soir..et je me disais quelle société, something is very wrong..mais heureusement que notre amour maternel et filial a été plus fort que toutes ces embûches de la vie et l’est encore, nous les trois générations de femmes travailleuses, Maman, ma fille et moi. »

 » Vous entendez la musique du 45T de Piaf « Non je ne regrette rien »? Je me souviens que Maman le passait en rentrant du travail comme pour se convaincre..et ce sera le mot de la fin.. »

Françoise

@Fran75GB

Sur les Docks : Les mots de ma mère

L’équipe d’Irène Omelianenko réalise un travail formidable, explorant des univers multiples, graves et réjouissants.  C’est « Sur les docks »... et c’est sur France Culture.

Ce jour là, début décembre 2015, pendant un peu plus de 50 minutes, Aurélia Balboni  va nous offrir des mots… un rapport de filiation bouleversé, une approche de la maladie de la mère.

Sur 3 ans de films, d’entretiens avec sa mère qu’elle a choisi d’accompagner dans sa terrible maladie du langage et du sens, Aurélia Balboni ne nous offre qu’un parcours sur les 6 premiers mois.  Et quel parcours, quelles chutes… et quels rires aussi !

La maladie de la mère, « démence sémantique », touche au sens et au langage… Pendant 50 minutes, on assiste pantois à l’évolution non seulement de la diction et de l’équilibre de cette femme encore jeune (65 ans). Mais au coeur de cette évolution, il y a aussi la relation d’Aurélia Balboni avec sa mère. Celle de la fratrie avec cette artiste-peintre, ancienne directrice de centre d’art.

La musique va devenir lancinante… Les quatre saisons en boucle. Et les mots de la mère vont se précipiter, sans jamais se chevaucher pourtant mais en une cavalcade terrible, immense accélération répétitive qui nous saisit et laisse une trace définitive dans notre mémoire.

Aurélia Balboni nous propose donc sa voix en contrepoint, moment de paix et ralentissement bienvenu et émouvant. Avec pourtant des sourires en filigranes, malgré la gravité de ce qu’on devine. C’est la grande force de ce documentaire de ne pas nous entraîner dans les tréfonds du drame.

C’est un très beau moment que Sur les Docks nous propose là. Un moment au coeur de la famille, du langage et de la vie qui s’étrange.

@fmeroth

(en image : dessin de Françoise Gibert)