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Femmes et la protection sociale

D’après l’émission de the Essay, @BBCradio3, du 16 mars 2016, Episode 3. Madeleine Bunting, auteure et journaliste devant the British Academy: Qui va prendre soin de qui?

lien: http://www.bbc.co.uk/programmes/b073b0xx

Cette partie est dédiée à Estela qui entreprend cette nouvelle profession et à qui je souhaite bonne chance.

« Alexandre Jollien, philosophe: Même le plus grand progrès intérieur est vain s’il ne nous rend pas plus solidaires.Et la culture de soi peut vite sentir le renfermé si elle ne débouche pas sur une vraie générosité. »

« La protection sociale est en crise. Son personnel est peu formé et peu rémunéré. Il y a une efficacité de performance qui est inhumaine. Un auxiliaire de santé a souvent 45 minutes pour laver, habiller et nourrir une personne âgée. Ces 45 minutes sont souvent le seul contact quotidien qu’a un senior qui vit seul. Gérer la détresse et l’anxiété d’une personne  vulnérable est un travail stressant. Il y a beaucoup de changement de personnel dans ce métier. »

« Je dois dire que je suis surprise par le nombre d’aide-soignantes que mon père reçoit à domicile à travers le centre médico-social, pour la douche du matin, pour lui donner ses médicaments matin et soir, et l’infirmière qui vient soigner les plaies, ce ne sont jamais les mêmes et je me demande comment Papa s’y retrouve et peut créer une relation humaine avec toutes ses femmes. Par contre il est flatté de ce passage féminin et attend sa visite avec impatience! »

« Une patiente souffrant de démence sénile a eu 35 différentes auxiliaires en 6 mois. Quand la profession est dépouillée de tout engagement il est difficile de qualifier ce métier d’auxiliaire de vie. Et nous savons qu’il y a eu de larges réductions dans les centres de jour où se retrouvent les personnage âgées sinon isolées. La Grande-Bretagne n’est pas un pays pour les personnes âgées. »

« Je l’ai vite compris quand ma délicieuse voisine du dessus Valérie, 80 ans, une femme pimpante qui aimait sa vie culturelle, fumait comme un pompier, avait sa petite voiture pour aller faire ses courses chez Sainsbury’s sans oublier ses soupes en conserve et sa bouteille de sherry, un jour sortit de l’hôpital sans aucun accompagnement. Elle tapa au plafond c’était notre convention. Et je vis une Valérie décomposée avec un pansement qui me paraissait sale et purulent. Alors j’ai appelé le GP et j’ai demandé une visite à domicile, on me répondit mais elle n’a pas rempli le formulaire et moi de répondre eh bien je viens le faire pour elle car cette femme me parait sans assistance médicale et en mauvais état. Et on m’a dit ok pas besoin on passe. Je me suis fait gronder par Valérie qui n’aimait pas déranger mais était toutefois reconnaissante. Le docteur est arrivé bougon mais a fait le boulot et les jours suivants. Moi je suis allée chez Sainsbury’s acheter ses soupes et son sherry et même son journal et pson paquet de cigarettes à contre-cœur. Elle le savait bien sur et me disait Françoise je suis désolée de te demander de m’acheter mon paquet de Dunhill menthol mais.. »

« On fait une étrange distinction entre les soins médicaux, considérés comme un besoin nécessaire et les soins sociaux qui sont devenus une loterie. Famille, amis, organisations caritatives, les municipalités sont au maximum de leur capacité. Les soins médicaux nécessitent de l’expertise, de la technologie, attirent l’intérêt médiatique et mobilisent le capital politique alors que les soins sociaux n’ont pas ces  avocats puissants, ils recrutent principalement des femmes qui reçoivent les salaires les plus bas de la population active.

« Réduire les soins sociaux est contre-productif: la NHS compte sur une protection sociale efficace et sans elle est poussée à la crise financière. Les soins médicaux et les soins sociaux sont liés et cela fait des années que l’on appelle à une réforme. »

« Il y a une autre cause de déstabilisation, les résidences sont principalement aux mains de compagnies privées. On raconte que les bénéfices sont peu lucratifs et que ces compagnies sont proches de la faillite. Depuis la création du SMIC, la moitié de ces résidences ont des difficultés financières. Si ce niveau de risque affectait nos écoles ou nos hôpitaux il y aurait un tollé. »

« Cette crise affecte les femmes de plusieurs manières,tout d’abord c’est la femme qui prend en charge les soins familiaux. Historiquement c’est la fille qui est responsable de s’occuper de ses parents âgés ( rien n’a changé Mrs. Bunting je vous le dis, ceci d’expérience personnelle bien que les garçons soient un peu plus impliqués en logistique et finance.) Apres plusieurs décennies de féminisme, donner des soins est une qualité essentielle de la femme. Les femmes prennent partie aux soins familiaux de manière informelle et leur travail est évalué á 132M de livres sterling. »

« D’autre part les femmes vivent plus longtemps que les hommes et s’occupent d’elles-mêmes à un age conséquent.70% des plus de 65 ans qui vivent seuls sont des femmes. Et une large proportion d’entre elles se plaignent qu’on ne s’occupe pas d’elles comme on le devrait. Ainsi c’est un problème féministe, ainsi de nombreuses auxiliaires ont perdu leur travail ou sont sous pression de se bouger et d’accepter plus d’heures. De nombreuses auxiliaires décrivent les problèmes auxquels elles font face, une personne âgée peut souvent avoir besoin d’aller à la toilette ou de discuter de quelque chose. C’est cette combinaison de demandes pressantes et de performance qui génère un haut niveau de stress. »

 » La population vieillit le nombre d’octogénaires a augmenté de 40% en 15 ans. De nombreux d’entre eux ont des maladies éprouvantes. On dirait que nous savons garder les gens en vie mais que nous ne savons pas nous en occuper. C’est le contraire de ce qui se passe dans d’autres cultures. Cela parait cruel. Un tiers des personnes âgées souffrent de dépression. et plus d’un million disent qu’ils se sentent seuls. »

«  Je sais que mon père fait partie de cette catégorie, quand je l’appelle dans l’après-midi quand l auxiliaire de vie est partie à 15h30 et je lui demande comment ca va Papa, il me répond systématiquement comme quelqu’un qui se sent seul. Et je sais que ma mère qui vit en résidence service s’ennuie à mourir depuis ses multiples fractures et la vente de sa voiture elle se sent dépendante et limitée, elle ne va plus à son cours d’anglais ou d’italien, ni aux soirées festives de la commune. Puis quand elle descend à la salle à manger dans le temps elles étaient 8 copines maintenant elles ne sont plus que 4, Roberte descend rarement tant elle est voûtée et souffre de son dos, Marinette perd la mémoire il faut tout le temps se répéter et Maude perd la vue..on ne tape plus le carton ni on joue au scrabble aussi souvent. »

« Pour la France se référer aux stats de l’Insee, http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=T14F096

Chers lectrices lecteurs, je finirai par une autre citation: 

« Le Sixième Jour Le Caire 1947 : l’épidémie de choléra bat son plein. Saddika, la belle lavandière vit avec son mari paralysé et son petit-fils Hassan dans un sous-sol. Le choléra a tué la plupart des habitants de son ancien village et a gagné la ville. L’instituteur est atteint et emmené à l’hôpital. Avant que les ambulanciers ne l’emmènent, il affirme qu’il reviendra le sixième jour car : « le sixième jour, ou on meurt, ou on ressuscite… ». Mais Hassan est atteint de la terrible maladie et Saddika mettra tout en œuvre pour sauver son petit-fils… » Andrée Chédid

Françoise

@Fran75GB

 

 

Nous les pionnières, ep.2 suite

D’après l’émission de the Essay, @BBCradio3, du 15 mars 2016, Episode 2, suite. Madeleine Bunting, auteure et journaliste devant the British Academy: Qui va prendre soin de qui?

lien: http://www.bbc.co.uk/programmes/b073b0x6

« En 2012 Anne-Mary Slaughter écrivit un article dans The Atlantic Magazine pourquoi elle avait décidé d’abandonner son poste de conseillère gouvernementale pour s’occuper de son fils ado. Elle s’est rendue compte qu’elle avait tellement travaillé dans sa carrière et que maintenant elle voulait prendre soin de son fils d’abord et qu’elle pensait que de s’occuper des siens étaient une activité première. »

« Wakie Wakie Good for her..Tout de suite je me suis dit qu’elle avait les moyens de faire ce choix, combien ne l’ont pas. »

« Le fait que s’occuper des siens soit une activité reconnue et essentielle ne fait pas partie du débat public. La génération transitoire est affectée par les réductions budgétaires: le petit déjeuner n’est plus servi à l’école; les patients convalescents hospitalisés sont renvoyés à la maison plus tôt  que prévu; le soutien pour les malades mentaux est fermé; l’aide à domicile pour les seniors est réduite ainsi que les centres de jour pour ceux qui se sentent seuls et abandonnés. »

« Ah je me suis souvenue du breakfast club à Phoenix High School où j’enseignais, près du White City Estate, un des quartiers les plus pauvres de Londres, j’espère qu’il est toujours subventionné. J’arrivais tôt  le matin et les enfants attendaient les quelques profs qui allaient acheter leur bacon butty dans l’espoir d’une offrande, nous le faisions tous en disant demain tu apportes tes sous hein mon petit, mais en sachant parfaitement que l’enfant quittait tous les jours la maison l’estomac vide. »

« Double tâche pour les femmes, car ce sont elles qui représentent la majorité de la population active, et voila que les services sont réduits, que les postes également, que l’on demande à des équipes de collègues proches de refaire une demande d’emploi pour moins d’offres de poste. »

« Ça me rappelle le film des frères Dardenne, »Deux jours, une nuit » avec Marion Cotillard qui frappait à toutes les portes de ses collègues pour garder son poste, il fallait qu’ils lâchent leur prime. Courage et humiliation. »

« Ce sont les femmes qui ramassent les pots cassés, que ce soit s’occuper de parents âgés ou d’enfants. Et tout ceci quand la population vieillit et que les avancées de la médecine permettent aux gens de vivre plus longtemps. Ce sont les familles et les amis qui s’occupent des soins de nos jours. Les femmes qui vivent plus longtemps que les hommes sont obligées de reprendre ce que l’Etat a abandonné et de manière disproportionnée. De plus le changement opéré à l intérieur du cercle familial a lui-même considérablement changé, les divorcés, les célibataires, la mobilité géographique et moins de naissances ont rendu les choses plus dures. »

« Eh bien moi née dans cette génération transitoire, finalement à la retraite depuis 2 ans je suis un exemple typique de cette description de Madeleine Blunting, divorcée avec une fille, je m’occupe de mes deux parents octos, divorcés et veufs eux-mêmes et  qui vivent dans une région différente. Je me suis promise de ne jamais faire porter à ma fille ce que j’ai entrepris avec les parents mais déjà elle vient de me déménager de Londres avec des amis pour que je puisse m’installer près de mon père, le plus perdu des deux..Je pense que je suis loin d’être la seule dans ce cas.

A l’Etat de jouer son rôle! Ils feraient mieux de s’occuper des soins aux seniors et aux proches aidants que du patronat et des réductions d’emploi soutenus par leurs plans sociaux. Oui l Etat Providence auquel nous contribuons activement par nos impôts et nos cotisations sociales j’insiste et qui préfère régaler quelques chefs d’Etat en réunion sans fin au lieu de penser aux siens, tout ceci dans l’espoir de vendre quelques Rafales..la guerre fait vivre.. »

Françoise

@Fran75GB

 

 

Femmes et Poèmes

Photo de Luc Schmutz dont vous trouverez le travail ici: http://lucschmutzwork.tumblr.com/

BBCRadio3, Emission Free Thinking: les femmes poètes pour la Journée Internationale de la Femme du 8 mars 2016

Holly McNish,  » Nobody told me » , poétesse.. »I turned into a factory, a life support and cooker »

(Femme, personne ne t’a dit que tu deviendrais une usine, un appareil d’assistance respiratoire et une cuisinière..)

Ce podcast m’a inspirée..vous écouterez ces femmes poétesse, compositrice, écrivaine..Quant à moi aujourd’hui juste un poème pour ces femmes qui traversent les montagnes pour retrouver la paix.

Journée unique où toi la Femme tu flottes 

Toute pâlotte

Tant les heures ont été à rallonge

Et les demandes..tu plonges

Dans les vagues, dans les nuages

Des étendues sans grillage

Là où la terre rejoint le ciel

Tu as marché dans ce monde pluriel

Tes enfants à bout de souffle

Sur le chemin en pantoufle

Enrobés de couleur et d’épaisseur

Pour faire face au passeur

La faim creuse

Douloureuse

Miséreuse

Coléreuse

Mais tu avances vigoureuse

Et tu marches aventureuse

Tu es valeureuse

Toi femme réfugiée

Dans ce monde inapproprié.

route luc

Photo de http://l-u-c-s-t-z.tumblr.com/

Françoise

@Fran75GB