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Pardonner 2.

Photo: BBC

D’après Late Night Woman’s hour, BBC Radio 4 du 24 Mars 2016,  » Forgiveness », présenté par Laurence Laverne qui rencontre 3 femmes et leur histoire.

lien: http://www.bbc.co.uk/programmes/b07466ly

Une histoire personnelle, fascinante que j’ai essayée de traduire..Je vous laisse juger et commenter chers Lecteurs et Lectrices..

« Zrinka Bralo, s’est échappée de Sarajevo pendant la guerre de Bosnie. Elle raconte son histoire: » Avant que la guerre commence, j’avais une vie privilégiée, j’étais journaliste, j’avais une vingtaine d’années, j’avais été en Allemagne pour acheter des disques. Mon émission radio s’appelait « Welcome to the Terrodome » d’après la chanson de Public Enemy. Le mur de Berlin était tombé, je pensais que je faisais partie des années 90, le monde avait l’air tellement mieux que dans les années 80. Je n’étais pas consciente de ce qui se passait en politique, c est comme ici maintenant, on vit sa vie, on relève ce qui se passe dans les nouvelles mais on n’y paie pas vraiment attention. »

« Puis je dois dire que la guerre est arrivée brusquement et là  je m’en suis rendue compte tout à coup. Car, même si la guerre se passait déjà  en Croatie et à  la campagne, je préparais les nouvelles en anglais pour les troupes des Nations-Unies. Et les Nations Unies avaient choisi Sarajevo comme la ville la plus stable ou sécurisée de la région pour y baser leur mission de casques bleus pour la Croatie qui était à  près de cent cinquante kilomètres donc Sarajevo était la ville logistique et cool. Leur campement était littéralement entre la maison et ma station de radio. On se sentait en sécurité, le monde n’allait pas laisser les choses se développer. »

 » Donc le matin du 6 avril je me suis réveillée car j’ai entendu des échanges de tirs. Mon frère et moi, nous avons regardé entre les rideaux de la fenêtre et nous nous sommes dits personne ne va nous voir. Il y avait des hommes armés qui couraient sans uniforme donc on ne savait pas de qui il s’agissait. Deux jours après ce début d’instabilité et de guerre civile, la ville était assiégée. Et nous nous sommes adaptés à  la situation de façon stupéfiante. Rapidement nous avons compris où il ne fallait pas se rendre et comment il fallait communiquer. On parle de 1992, pas de portable et pas d’internet. Les jours suivants il y avait des bombardements, et la ville était encaissée, un obus tiré des collines pouvait blesser trois cents personnes. Toute vie humaine perdit valeur et je me sentais constamment une cible. »

« Je ne veux pas faire de commentaire sectaire, mais il y avait une partie de la population qui pensait que leur identité ethnique devait être protégée et ils le firent au nom de la nation. C’étaient les Serbes et ils le firent avec le soutien de l’armée yougoslave, puissante et bien armée, payée par mes impôts et les impôts de mes parents. Les gens étaient manipulés par ce discours d’ethnicité et d’identité. Personnellement je ne pouvais m’y faire car je vivais sur mon nuage de Public Enemy..J’ai eu de la chance que peu de gens que j’ai aimés soient passés de l’autre coté. Mais j’en connais certains. Quelquefois il y avait une rumeur qu’un camarade d’école primaire nous tirait dessus. »

« Immédiatement ils ont coupé le téléphone, l’électricité..on n’avait ni nourriture ni nouvelles ni rien. Il y a eu toute une préparation de cette guerre pendant que j’écoutais ma musique et je me suis dit comment ai-je pu être tellement aveugle! Si on ne cherche pas particulièrement la méchanceté chez les gens on ne va pas la voir. Et je n’avais aucune raison de penser que certains camarades d’université pouvaient ressentir une identité nationale si forte qu’elle les conduirait à  vouloir me tuer.  »

Laurence Laverne:  » En 1993 vous vous êtes échappée vous êtes venue vivre à  Londres. Qu’avez-vous ressenti? »

ZB: » Je me sentais fiévreuse, quand je passais devant l’immeuble de Channel 4, je pensais oh ça ne va pas tenir c’est fait en verre. Je mesurais le monde autour de moi selon des standards de vie qui étaient complètement différents. Quand je suis arrivée à Londres c’était Guy Fawkes night et je n’avais aucune idée de ce qui se passait. A Sarajevo quand les bombardements commençaient on mettait notre matelas dans le couloir intérieur et on dormait là protégés par les murs intérieurs. Et c’est ce que j’ai fait j ai tiré mon matelas dans le couleur intérieur alors que je savais que j’étais à Londres en sécurité. Voila mon ressenti à l’époque ainsi qu’un immense sentiment de culpabilité. Mon entourage compatissait, ils savaient ce qui se passait à Sarajevo et voulaient en savoir plus, ce qui était super car c’était comme une thérapie et il y avait une sorte de reconnaissance de mon humanité. Pourtant je me disais j’ai de la chance je suis ici, j’ai de la chance je n’ai pas été blessée, j’ai de la chance je n’ai pas été violée. C’était fou de penser ainsi mais je me comparais à des gens qui étaient passés par tout ça, qui étaient blessés ou morts ou avaient perdu leurs proches et les femmes, des milliers de femmes qui avaient été violées et je me sentais tellement coupable. Puis je me suis dit qu’est-ce que je fais de toute cette culpabilité, comment je vais gérer. Mais je n’ai pas cherché de l’aide parce que je pensais que j’avais de la chance j’ai décidé de faire quelque chose d’utile, d’être utile, j’ai survécu, comment rendre, que faire de cette vie maintenant? Pendant 3 ans je me suis sentie comme invincible et après avoir fait de la thérapie je comprends mieux par quoi je suis passée. »

Laurence Laverne:  » Nous parlons de pardon ce soir, qu’est-ce que cela évoque pour vous? »

ZB:  » D’abord j’ai essayé de me pardonner pour avoir été stupide et naïve, et vu que j’avais été élevée comme une féministe, sans peur et sans reproche, cela m’a sauvé la vie parce que j’ai pu prendre la responsabilité de ma survie. Mais une fois que j’ai survécu, j’ai pris trop de responsabilité pour le trauma par lequel je passais. Trouver ce pardon a été très difficile, j’ai essayé de faire de la thérapie plusieurs fois jusqu’à  ce que je comprenne que je m’effondrais. Je suis catholique mais je ne suis pas pratiquante donc j’ai fait une psychanalyse. Et j’ai adoré ma colère, j ai compris que je n’étais pas comme eux même si on m avait tout enlevé mon identité, mon pays, je n’allais pas tuer. La colère peut être constructive, ce peut être une force. Et si on l’accepte comme une émotion légitime, il s’agit de voir ce que l’on peut en faire. Je ne cherche pas la vengeance mais je veux qu’on me rende justice. Même si les gens ne vous demandent pas directement pardon mais reconnaissent avoir commis ces actes, votre expérience peut se transformer en réalité. Toutefois les gens qui ont commis ces actes dans mon pays disent qu’ils l’ont fait pour des raisons légitimes. »

C’est un peu ce que je disais hier je voudrais qu’on me rende justice. Eh bien finalement 20 ans après, le 28 mars 2016, Radovan Karadzic a été jugé coupable, jeudi, de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. J’espère que cela apportera à  Zrinka Bralo un certain soulagement car peut-on oublier et pardonner de tels événements chers Lectrices et Lecteurs, vous aurez votre réponse..

Francoise

@Fran75GB

 

 

 

Pardonner..1

Photo de la BBC.

D’après Late Night Woman’s hour, BBC Radio 4 du 24 Mars 2016,  » Forgiveness », présenté par Laurence Laverne qui rencontre 3 femmes et leur histoire.

lien: http://www.bbc.co.uk/programmes/b07466ly

« Lesley Bilinda est un pasteur de religion anglicane dont le mari, un prêtre rwandais, a été tué dans le génocide du Rwanda. Elle était partie avec une ONG comme infirmière et sage-femme, puis elle a épousé Charles en 1993 et quelques mois après le génocide commençait. En 1994 ils se sont séparés, elle est partie au Kenya pour voir sa sœur et ne pouvait plus rentrer dans le pays et est restée quelques mois à attendre des nouvelles. »

« 3 mois après le génocide je suis retournée dans le pays on pouvait sentir l’odeur de la mort et de la destruction. Tous mes collègues avaient été tués, il ne restait plus personne dans son village. J’ai cherché mon mari, vu ma belle-sœur qui m’ a dit malheureusement nous n’avons aucune nouvelle et donc j’ai dû me faire à l’idée que j’étais veuve. Je suis restée un mois sur place, puis suis allée dans le camp de réfugiés en Tanzanie et ai retrouvé des amis. C’était devenu mon pays j’y avais vécu 5 ans et j’y suis retournée plusieurs fois pendant les années qui suivirent. »

« Puis en 2004 on m’a demandé de partir faire un reportage pour essayer de trouver qui avait été responsable de tuer Charles et ils voulaient savoir si je pouvais faire face à  ses assassins et leur pardonner. En fait on a passé un mois dans ce pays et on n’a rien découvert. J’ai été déçue de ne rien avoir découvert et de ne pas avoir su ce qui lui était arrivé. Mais dix ans plus tard je ne suis plus en colère je n’ai pas besoin de les rencontrer, j ai lâché prise. »

« Puis je suis devenue pasteur et dans la religion à cette époque de l’année à  Pâques le pardon a une place importante et moi aussi je dois me pardonner, j’avais abandonné mon mari à  cette époque et je n’ai jamais pu lui demander pardon de l’avoir quitté. »

« Quelquefois je rencontre des gens qui ont souffert et sont en colère et sont déterminés à  se venger puis passent leur vie dans l’amertume. Je pense que l’assassin de Charles m’a fait beaucoup de mal et je ne vais pas le laisser continuer à  détruire ma vie. Ainsi je peux continuer de vivre avec l’aide de Dieu, puisque je suis croyante. Je vais retourner au Rwanda dans quelques mois et qui me dit que quelque chose ne va pas déclencher ce ressentiment, donc il faut apprendre à  gérer. »

Difficile pour moi de commenter puisque je ne suis pas croyante et donc je n’ai pas la même perception du pardon. Dans ce cas je me serais battue pour et j’aurais demandé justice, et peut-être que là  il y aurait eu une fin mais ne pas pouvoir retrouver des traces de son mari ni l’histoire de son assassinat doit être un poids pour cette femme difficile à oublier. Vous me direz chers Lectrices et Lecteurs ce que vous en pensez.