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Débat littéraire autour du « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde

D’après une émission de BBC radio 3 « Arts and Ideas »,  (« Free thinking landmark: The Portrait of Dorian Gray »), datée du 19 janvier 2016:  « Le portrait de Dorian Gray », débat libre autour de l’oeuvre. » 

lien du podcast: http://www.bbc.co.uk/programmes/p03fynz4

A mon père, qui m’a offert récemment son premier recueil des œuvres d’Oscar Wilde, lu et relu, car j’avais chéri un souvenir d’enfance..quand il me lisait ses contes dont  » Le Prince Heureux ».

« Un Américain, un Écossais et un Irlandais sont entrés dans un bar de qualité, le Langham Hotel..l’Américain était l’éditeur du Lippincott’s Monthly Magazine qui publia le roman d’Oscar Wilde dans sa parution de juillet 1890, puis en tant que livre en 1891, c’est-à-dire, il y a 121 ans. La publication de l’oeuvre provoqua des débats concernant la censure et l’hédonisme, ce qui joua une part importante dans la chute de l’auteur. »

Oscar Wilde, toujours concerné par la nature de l’Art, commence son roman par une conversation entre Basil Hallward, un artiste épris de la beauté de Dorian Gray et Lord Wotton, un aristocrate au caractère hédoniste. Wilde disait:  » Wotton est comme le monde me voit, Dorian Gray comme j’aimerais être, Basil Hallward est ce que je suis en réalité. » 

Une citation révélatrice qui me fait réfléchir à la fonction du personnage romanesque..il y a donc le personnage de Wotton qui incarne l’apparence, « l’habit fait le moine » ou l’apparence que l’on veut montrer aux autres; puis le personnage vers lequel on tend par admiration ou autre sentiment personnel, celui qui correspond au dépassement de soi, Dorian Gray; enfin il y a celui qui vous représente le mieux ou tout au moins représente vos idées artistiques et Wilde a choisi Hallward comme son porte-parole pour accomplir ce rôle. 

Réfléchissez avec moi chers lectrices et lecteurs à des œuvres que nous connaissons, que nous avons lues où nous avons remarqué cette conception romanesque des personnages. Vous avez compris maintenant en me lisant qu’il s’agit d’un blog interactif et que j’estime votre participation :))) pour aller plus loin, toujours plus loin…

Selon l’un des critiques de l’émission:  » Dorian Gray est un sociopathe bipolaire du début jusqu’à la fin du livre. Rien de plus rien de moins! Alors que Lord Henry Wotton est le seul personnage du livre qui soit équilibré, pas seulement une apparence de Wilde mais aussi une grande partie de ce qu’il était. »

Je pense que l’aspect « sociopathe » de Gray est toujours mis en valeur dans les multiples films que l’on a tirés du roman. Cela crée le suspense évidemment mais j’ajouterais outre mesure. Je vous ai mis un clip en noir et blanc à cet effet. Je suis fan des vieux films en noir et blanc où tout prend des proportions « over the top »!!

Ce roman est une opportunité pour Wilde d’exprimer son point de vue sur l’Esthétique et plus particulièrement son talent de l’épigramme, toujours piquant et satirique. Il y a des centaines d’épigrammes dans ce roman.

A ce sujet, Fiona Shaw, qui a joué Agatha dans la version 2009 du film de Dorian Gray, raconte une historiette qui m’a enchantée: « Je pense que la manie des épigrammes d’Oscar Wilde vient de ses origines irlandaises. Je me souviens d’une dame qui venait voir ma grand-mère et lui avait dit: » Si je savais alors ce que je sais maintenant j’aurais gardé mes jambes dans une cruche! »  Quelle image..:))) et au fond du studio de l’émission j’ai entendu un des participants ajouter  » It must have been a very big jug! » (à vos dicos si besoin est!) et j’ai ri! #britishhumour

Ainsi Fiona Shaw insiste sur « ce besoin obsessionnel chez Wilde de renverser la réalité, de créer une image même dans la parole. Il ne s’agit pas que de l’emploi de la langue proprement dite, on voit tout à coup le monde de façon dystopique (ndlr, contre-utopique).

Pour conclure un peu de nourriture intellectuelle, « food for thought » , une de mes expressions favorites.

Alors qu’il était devenu presque respectable, Oscar Wilde décide de publier un essai:  » Le Déclin du Mensonge »,  » le genre de titre qui allait titiller les narines victoriennes » commente un des critiques de l’émission,  » car personne à cette époque aurait pu imaginer que mentir fut une vertu! Et où Oscar Wilde met en avant l’idée d’exercer son imagination en littérature plutôt que de suivre la mode française du naturalisme et réalisme. Il avait d’ailleurs cet épigramme cocasse: « Who wants the sweepings of the Pentonville omnibus? » ( Qui veut récolter les déchets de l’omnibus de Pentonville.). Il faut rappeler qu’Oscar Wilde a été emprisonné à Pentonville en 1895. 

Nous finirons donc sur une citation d’Oscar Wilde dans « le Déclin du Mensonge » , un dialogue socratique entre Vivian et Cyril pour promouvoir la conception de Wilde du Romantisme contre le Réalisme: 

 » La Vie imite l’Art plus que l’Art imite la Vie. »

A vos stylos! tablettes! etc..

Françoise

Fran75GB

 

 

 

 

 

 

Charles Dickens: Les Grandes Espérances

D’après une émission de BBC Radio 3, The Radio 3 Documentary, du 11/01/2016

Vu ce monde de précarité, de jungle et de bidonvilles évacués, rasés et reconstruits spontanément, jamais Charles Dickens ne m’a paru aussi actuel.

Dans son bureau de Gad’s Hill dans le Kent, Charles Dickens a écrit une histoire d' »intrigue, de déception et de revanche. »

Le livre se situe la veille de Noël, 1812.

C’est alors que Pip, orphelin, âgé de 7 ans, rencontre un forçat échappé, dans le cimetière du village où est sa famille. Le forçat oblige Pip à voler une lime pour enlever ses menottes et de la nourriture.Pip vit chez sa soeur, une femme odieuse mais dont le mari, un forgeron, est très gentil. Le jour suivant, le forçat est arrêté par les soldats et renvoyé comme prisonnier sur son vaisseau.

Grâce à une bienfaitrice Miss Havisham, Pip commence un apprentissage de forgeron et surtout rencontre la belle Estella dont il tombe amoureux. Au bout de 4 ans il est contacté par un notaire qui a reçu une somme d’argent anonyme pour parfaire l’éducation de Pip à Londres. De nombreuses aventures s’ensuivent et Pip a du mal à cacher ses origines maintenant qu’il a une nouvelle vie, mais ce sera Joe le forgeron qui lui viendra en aide quand il en aura besoin. A l’âge de 23 ans il découvre que le donateur anonyme n’est autre que le forçat reconnaissant et devenu riche en Australie.

Estella, elle aussi adoptée à l’âge de 2 ou 3 ans a épousé un homme de son rang et n’a que des regrets car c’est une brute. Mais tout est bien qui finit bien quand ils se retrouvent onze ans plus tard dans les ruines du manoir de Satis House et quittent les lieux la main dans la main.

Il y a bien sur une certaine moralité dickensienne dans ce roman:

De nombreux enfants orphelins étaient exploités et forcés à travailler jeunes. Et je pense qu’il y a une recrudescence de ce phénomène, quand on voit l’exploitation des enfants par les gangs et la drogue, puis la manière dont ils en disposent au coin d’une rue, une balle dans la tête.

L’ascenseur social avait son charme mais là encore il s’agissait d’être sponsorisé par l’argent sale, celui d’un forçat qui avait fait fortune, mais dont les contradictions personnelles lui offraient cette chance de  rachat.

D’autre part on voit dans « Les Grandes Espérances » ce décalage entre les attentes que l’on peut concevoir et la réalité qui est autre. Du temps de Dickens, il fallait brûler ses lettres pour échapper à ses origines, de nos jours les demandeurs d’asile sont prêts à brûler leurs papiers et changer leur identité ou leur nationalité, tout ceci pour justifier d’une appartenance sociale.

Parler d’intégration sociale me fait bien sourire dans ce monde de classes où 62 personnes possèdent autant que la moitié de la planète.

L’émission nous explique comment les livres étaient publiés à l’époque, chapitre par chapitre, dans le Weekly standard, ou plutôt en petits épisodes, pour faire durer le suspense et la vente. Dickens les appelaient des « teaspoonfuls’, des cuillérées de thé.Voilà comment le livre a été l’instigateur du feuilleton  et quand je bois avec délice mon thé chaud au jasmin devant mes streams de séries diverses, je ne peux m’empêcher de penser à ces petites cuillères à thé en argent, symbole du travail ardu de l’auteur.

Dans le manuscript d’origine il n’y avait aucune illustration, car Dickens voulait remplir ses deux colonnes dans le journal. Il écrivait 5000 mots à la fois et finit le livre en 9 mois et demi.

Dickens a ouvert un magazine sur Wellington street,il  rencontre quelques difficultés financières en 1860 et « Les Grandes Espérances » vont l’aider à relancer les affaires. Il retourne vivre à Gad’s Hill et brûle toutes ses lettres comme pour effacer son passé. Il venait de se séparer de sa femme et avait rencontré une actrice, une certaine Miss Thomas. Il faisait très attention à sa réputation. Ellen Ternan,âgée de 18 ans,alors qu’il en avait 45 a inspiré le personnage d’Estela. Elle le menait par le bout du nez.

Certaines lettres ont été retrouvées et une fut publiée dans le New York Times, donc déjà à l’époque, la vie privée d’une célébrité pouvait être révélée dans la presse et ceci sans scrupules. Dickens d’ailleurs leur adressa une réponse personnelle, une mise au point.

Il paraît qu’il a écrit 2 conclusions pour « Les Grandes Espérances », une d’illusion perdue et le « happy end »qu’il finit par choisir.

Je me dis toujours que nous en sommes en partie responsables de nos choix..plus facile dans la fiction que dans la réalité je sais mais je voudrais retourner en arrière et réécrire l’année 2015 et nous voir marcher vers l’horizon la main dans la main.

Francoise  @FranGB75