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Paso doble! Laurent Mauvignier

Photo iphone: Autumn colors

Lien: https://www.franceculture.fr/emissions/paso-doble-le-grand-entretien-de-lactualite-culturelle/laurent-mauvignier-je-voulais

Bonjours chers Lectrices et Lecteurs et fidèles auditeurs,

J’ai lu le livre « Continuer » de Laurent Mauvignier, c’est François qui l’avait suggéré sur Twitter et j’ai été captivée. Un de ces livres que l’on lit d’un trait, qui nous imprègne, qui nous revient par bribes dans les moments de la vie..

Donc j’étais ravie lundi dernier quand j’ai entendu cette émission Paso Doble de Tewfik Hakem des Petits Matins de France Culture et je désirais la partager avec vous. Livre à lire et émission à écouter.

En fait Laurent Mauvignier « n’est jamais allé au Kirghizistan, ni dans aucun pays qu’il a mentionné dans ses livres, ni en Algérie pour « Des Hommes », il préfère se faire une image à partir de livres, à partir de films, comme ça, ça permet d’être déjà dans la fiction, de travailler la fiction elle-même, la description devient fiction.

Donc  Tewfik Hakem décide d’interroger son imagination, Laurent Mauvignier dévoile qu’il n’est pas un grand voyageur mais qu’il peut passer des nuits à regarder à la belle étoile et essayer de comprendre la sensation que l’on peut avoir quand on regarde un ciel étoilé et il essaie de la transfigurer mentalement. »

« L’autre question de  Tewfik Hakem c’est quel gout a le koumis, le lait de jument fermenté, et Laurent Mauvignier ne sait pas vraiment de quoi il s’agit, il explique que cette absence d’expérience l’oblige à  rechercher cette sensation; il essaie de faire de la recherche et d’être le plus précis possible pour donner cette sensation de vérité. Pour le coup il était assez d’accord avec Rancière dans son livre « Le fil perdu », où il parle de ces fameux effets de réel qu’évoquait Barthes: Non, ce ne sont pas des effets de réel, c est la littérature elle-même, toutes ces descriptions, tout ce qu’on essaie de faire vivre, c est le cœur même de leur travail de romancier. Tout existe la bière russe etc, Laurent Mauvignier essaie d’être le plus précis possible mais s’il y a des éléments qui ne sont pas justes, il n’en sait rien pour le coup. »

Tewfik Hakem explique que Laurent Mauvignier nous a emmenés très loin pour nous parler de la France ici et maintenant.

Là je me suis rendue compte que j’avais lu cette histoire de vie, de problèmes sociétaux, des rapports mère/fils, des rapports du couple, de la vie de famille, de l’ado et ses problèmes psychologiques suite à ceci mais le fait des attentats et des conséquences politiques je ne l’ai pas perçu. Il faudra que je relise le livre et y apporte une nouvelle lecture documentée maintenant que j’ai mieux compris la quête de l’auteur.

« Que vient faire cette mère avec son  fils si loin de Bordeaux? » demande Tewfik Hakem..

Je vous laisse découvrir la fin du podcast et vous me direz n’est-ce pas chers amis votre opinion sur le livre et/ou l’émission..

Bonne soirée! 

Francoise

@Fran75GB

 

Fabrice Luchini, l’invité du jour

Photo iphone, le lac Léman

lien: http://www.francemusique.fr/emission/la-matinale-culturelle/2015-2016/fabrice-luchini-dossier-du-jour-le-printemps-des-poetes-la-session-musicale-juanjo

D’après Fabrice Luchini dans la Matinale Culturelle de Vincent Josse, France Culture.

Très anti-psychanalyse ce matin, et ceci avec beaucoup d’humour, un peu malade, la voix cassée mais tout aussi perçant que d’habitude!: « Tout le monde est à temps complet sur son moi! » dit F. Luchini ou  » Un tas de bobards élevés au rang de savoir » disait son professeur de philosophie.

Un très joli de choix de musique matinale..« Quand on écoute Bach, on est dans la quintessence des choses, dit F.Luchini qui écoute 2h, 2h30 de musique par jour, le piano et le violoncelle. »

Vincent Josse lui parle de son nouveau livre  » Comédie Française » et Luchini préfère Philinte à Alceste dans le Misanthrope de Molière puis récite merveilleusement cet extrait de l’Acte Premier Scène Première:

« Mon Dieu, des mœurs du temps mettons-nous moins en peine, Et faisons un peu grâce à la nature humaine;

Ne l’examinons point dans la grande rigueur,

Et voyons ses défauts avec quelque douceur.

Il faut, parmi le monde, une vertu traitable;

A force de sagesse, on peut être blâmable;

La parfaite raison fuit toute extrémité,

Et veut que l’on soit sage avec sobriété.

Cette grande roideur des vertus des vieux âges

Heurte trop notre siècle et les communs usages;

Elle veut aux mortels trop de perfection :

Il faut fléchir au temps sans obstination;

Et c’est une folie à nulle autre seconde

De vouloir se mêler de corriger le monde.

J’observe, comme vous, cent choses tous les jours,

Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours;

Mais quoi qu’à chaque pas je puisse voir paraître,

En courroux, comme vous, on ne me voit point être;

Je prends tout doucement les hommes comme ils sont

J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font;

Et je crois qu’à la cour, de même qu’à la ville,

Mon flegme est philosophe autant que votre bile ».

C’est une critique de la société actuelle et F. Luchini m’a fait rire quand il décrit  » Vous imaginez tous les portables auxquels on pense, on doit se dire ça quand on voit dans les tgvs les enfants qui hurlent, les femmes qui crient leur privé, leur petite existence, oui alors tu comprends je lui ai dit que j’en avais marre, j’ai dit au chef de service t’es une saloperie, mais qu’est-ce qu’on en a à foutre! Alors on met des casques et on écoute Bach. J’entends les portables dans les restaurants où les gens nous dégueulent leur vie privée. J’ai dû en faire autant parce que je ne suis pas mieux qu’eux. » Toutefois sa grossièreté me surprend, un contraste à propos peut-être, le choc des registres! Entre la langue de Molière et l’actualisation des mœurs..

Philinte était bon, un sage tel Molière..Vous écouterez la suite évidemment je vous ai mis le lien. Je m’achèterai le livre je pense. Et je relirai même le Misanthrope..

Françoise

@Fran75GB

 

 

Inventer en littérature

D’après la Suite dans les Idées le 5/03/2016 avec Jean-Pierre Bertrand, présenté par Sylvain Bourmeau.

« Invention peut paraître déplacé en littérature, ça ne rend pas suffisamment compte du génie créateur. »

« Pourtant il faut inventer des formes, se renouveler, j’en ai repertorié cinq: le vers libre et le symbolisme par exemple il s’agissait de se faire un nom et de rompre avec ce qui était en place. »

 » Ce qui permet ces inventions c’est le cadre mis en place au XVIIIe, Mme de Stael,  permet de penser la littérature comme autonome, puisque, à partir de ce moment là la littérature n’est pas redevable de qui que ce soit ou de quoi que ce soit. Différent de l’époque des Belles Lettres où il s’agissait d’imitation ou d’imagination. »

Bien de soulever Barthes et sa critique de ce monde fermé du langage où la forme prévaut, rien que le concept de « technie » me rebute..je pense au Nouveau Roman! Et Sarraute qui expliquait comment le Nouveau Romancier ne croyait plus en ses personnages dans « L’Ere du Soupçon » Autant vous dire que je n’ai jamais adhéré à ce détachement! Je me souviens avoir dû endurer « Le Voyageur de Modification » de Michel Butor sans queue ni tête..commme definissait Jean Ricardou: » ..moins l’écriture d’une aventure que l’aventure d’une écriture.. » Je voyais les choses ainsi on avait beau manipuler la forme et le temps, on ne pouvait tout à fait se couper du monde et des sentiments qui résultaient.

« Le premier est le Poème en Prose que pratique Baudelaire, où l’on semble concilier l’inconciliable. Cela devient un emblème de la modernité. »

« On se mobilise autour du vers libre plus qu’autour du monologue intérieur, consacré par Joyce.,

Ce qui m’a intéressée c’est que l’inventeur, qui prescrit les règles, est souvent oublié et c’est l’écrivain ou le poète et son génie qui font l’invention, par leur talent disons..

 » On peut penser au collage ou au montage de poètes de la Beat Generation qui s’inspire du cinéma et on est dans la mixité des genres.

 » L’auteur s’est concentré sur la poésie par ce qu’elle constitue une sorte de laboratoire. » « Auparavant il avait situé l’écriture automatique et le surréalisme. »

À « laboratoire » j’ai bondi! Je suis et je resterai anti-laboratoire en littérature! Tout en étant le résultat de ces expérimentations passées, on ne peut tout à fait passer à coté ou vivre dans le déni littéraire mais je préférerais toujours création à invention!

Chers lectrices et lecteurs je vous laisse à ce podcast de Bourmeau, toujours du haut niveau de la réflexion.

Françoise            @Fran75GB

 

 

 

 

Projection littéraire

Photo:

Penguin Books, 1954, paperback, translated by Irene Ash, 107 pages,

savidgereads.wordpress.com

Ou comment la lecture de « Bonjour Tristesse » de Françoise Sagan affectera la vie d’une jeune Anglaise dans les années 80..

Cet épisode fait partie d’une série de cinq podcasts de BBC 3 dans la rubrique Essay. Rachel Cooke, journaliste, raconte une histoire fascinante, d’une voix espiègle. 

Aux anglophones je conseillerais l’écoute du podcast dont le lien est le suivant: https://itunes.apple.com/gb/podcast/the-essay/id471685852?mt=2&i=360555141

Ce billet est une adaptation française de morceaux choisis et traduits de l’anglais, tant j’ai été enthousiasmée par l’écoute, l’idée et le récit. 

Pour Flore qui me commentait l’autre jour sa relation littéraire avec le personnage de Pip ( Ref: « Les Grandes Espérances » de Charles Dickens)

Pendant l’été 1983, Rachel avait 14 ans. Elle dévora « Bonjour Tristesse », que sa mère lui avait offert, en une après-midi dans le champ de blé derrière la maison que ses parents avaient achetée en France. Elle ne se sentait pas du tout comme Cécile, la narratrice de 17 ans. Après tout la Gascogne était très loin de la Côte d’Azur et Sheffield encore plus éloigné de la vie parisienne. Toutefois ce qu’elle pouvait reconnaître, c’était le trouble qu’éprouvait Cécile dans sa relation avec son père et c’est pour cette raison qu’elle s’est sentie proche du personnage.  Si proche qu’elle décida de s’approprier son « French chic ».

A cette époque les corsaires étaient revenus à la mode, portés par les pop stars et la Princesse de Galles. Elle en trouvait les photos dans « Just Seventeen », un magazine ado auquel elle était abonnée. De retour à Sheffield elle alla à la bibliothèque et y trouva une autre édition de « Bonjour Tristesse » qui contenait une photo de Françoise Sagan. Elle portait des jeans roulés, un pull à col roulé; elle était pieds nus et avait une coupe de cheveux à la garçonne.

Plus tard Rachel vit le film d’Otto Preminger, réalisé en 1958, avec Jean Seberg, David Niven et Deborah Kerr. C’était Givenchy qui avait créé les costumes: »Cécile portait une petite robe noire plus ravissante que celle d’Audrey Hepburn dans « Sabrina ».

Dès lors Rachel décida que sa garde-robe devait inclure le corsaire et le pull de Sagan ainsi que le chemisier vichy que portait Jean Seberg dans le film. Elle persuada sa mère de les lui fabriquer. Ainsi elle obtenut deux corsaires un de couleur bordeaux et l’autre jaune citron qu’elle portait avec un t-shirt vert pomme « dont Cécile aurait sûrement approuvé le choix. »

Cependant c’était surtout la vie du père de Cécile qui l’intéressait et plus particulièrement l’attitude de Cécile à cet égard: « Raymond était jeune, plein de vitalité, dit-elle dès la première page,..et quand je quittais l’école je me rendis compte rapidement qu’il vivait avec une femme, mais graduellement, je m’y fis, gráce à son charme, ma nouvelle vie plus facile et mon bon caractère. »

Rachel, elle, adorait son père: » Il n’avait pas du tout la fière allure de Raymond! Il était petit, barbu et portait des lunettes. Il mettait des chaussettes dans ses sandales à la maison et à l’extérieur portait des chaussures qui ressemblaient à des pâtés en croûte!..Pourtant Raymond et lui avait quelque chose en commun, son charme incontestable vis-à-vis du sexe opposé. Les femmes aimaient mon père et il les aimait en retour. »

Par conséquent au troisième mariage de son père Rachel trouva la situation difficile à gérer. Entre le catéchisme rigoureux de son école et les amies méthodistes de sa mère, elle se sentait presque honteuse. Ce fut la lecture de « Bonjour Tristesse » qui la libéra. Sans prendre en compte la fin tragique du livre, elle pensa « qu’elle pourrait vivre avec ce narratif de complicité entre le père et la fille. »

Grâce à la lecture du livre elle avait mûri je pense. J’essaie de me souvenir de livres qui m’ont aidé à franchir ces paliers de la vie.. Vous devez avoir eu des expériences similaires, ce serait agréable de les partager, sans vouloir faire preuve de curiosité déplacée, il s’agit pour moi d’exprimer ici, notre lieu de rencontres culturelles, un intérêt littéraire.

Désolée de la digression :))) Je vais vous terminer le récit de Rachel Cooke:  » Mon obsession pour les accoutrements de Cécile étaient la manifestation de ce changement intérieur. Je voulais que mes vêtements reflètent ma nouvelle attitude pétillante.

Quand j’ai descendu ma rue provinciale, pour la première fois habillée de mon chemisier et mon corsaire, j’ai eu l’impression que j’étais unique, débarrassée de l’étroitesse d’esprit qui m’avait jusque-là paralysée.

Quand je me regarde m’habiller devant le miroir, je sens la présence de Cécile derrière moi.. »

Françoise              @FranGB75