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« Revaloriser la démocratie avec Jacques Rancière »

photo de ma fille: Maroc, citrons.

 

Extraits de la Grande Table de mercredi 3 mai 2017 avec Olivia Gesbert sur France Culture.

Un jour silencieux avant le vote du 2e tour,  on peut prendre le temps d’écouter une émission de son choix  et de réfléchir avant de mettre son vote dans l’urne.

Eh oui quel bien-être..

Lien: https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/revaloriser-la-democratie-avec-jacques-ranciere

Jacques Rancière:  » On a ce système qui a été fait essentiellement pour un homme avec cette idée d’incarnation. Parce qu’au fond le problème de la logique représentative c’est que ça finit par générer cette espèce d’alternance de partis qui finalement se ressemblent de plus en plus et au fond il y a cette idée d’incarnation qu’il y a un homme qui représente le peuple par-delà les divisions partisanes, qui est toujours là. Et ça fait un système qui est bâtard. Ce système de la Ve République est bâtard depuis le départ.

A un moment donné on pensait que ça s’était stabilisé, on a vu une droite, on a vu une gauche…on a vu rapidement qu’il créait son propre hors-système. On a vu une niche qui a été créée, à savoir ceux qui sont hors du système, ils sont nombreux, il y a plein de gens qui votent pour eux et pourtant ils n’ont jamais d’élus. Il y a une logique systémique qui apparaît au grand jour car c’est la première fois qu’au second tour on n’a aucun représentant de ces deux partis qui normalement devaient se partager le pouvoir sans problème.

C’est un système qui supposait au départ qu’il y avait une classe de gens raisonnables, qui par leur place dans la société, étaient capables de voir les problèmes de la société, de les arranger, de les régler. Il est apparu que c’était une plaisanterie. La politique officielle devenait effectivement la verbe de groupes de spécialistes en conflit. Je dirais que malgré tout d’une certaine façon, d’une part ce système engendre ses propres monstres mais aussi engendre cette espèce d’anti-corps, ces prétendus remèdes internes.

Il y a eu des époques où il y a eu un système parlementaire stable, et il y avait des forces comme le mouvement communiste et le mouvement syndical en France, il y avait des forces ouvrières qui étaient un peu dans le système mais représentaient un extérieur réel du système. On n’est plus dans ce cas de figure là. On est dans un cas de figure où fondamentalement, y compris l’extrême-droite, notre extrême-droite quoiqu’on dise elle est quand même très différente de l’extrême-droite fondée dans les milices armées, on n’est plus dans ce système d’extrême-droite de bandes armées fascistes qu’on a connues quoi. On est quand même dans un parti d’extrême-droite qui a été engendré par le système électoral. Ce n’est pas une pression de masse raciste, des manifestations racistes qui ont donné lieu à l’existence du FN. »

Oh d’abord il y a eu Tixier Vignancourt, l’OAS, le GUD etc et Le Pen était son directeur de campagne et ils allaient avec ses lieutenants faire des ratonnades..donc il faut toujours se méfier je pense. Il y a parmi cet électorat du FN des militants violents, il y a des policiers qui n’hésitent pas à utiliser leur matraque etc..

Olivia Gesbert: « Alors vous le définiriez comment ce FN? »

Jacques Rancière:  » Je le définis comme une force qui a occupé une place vacante qui est liée au système et aussi à l’effondrement du mouvement ouvrier en occident. Je pense que le FN a joué sur ces deux aspects, d’être à la fois la force anti-système créée par le système et la force réellement extérieure sur les marges du système. »

Antoine Mercier: » Comment vous pensez sortir du système sans être récupéré par le système? »

Jacques Rancière: »Moi je ne propose pas rien je ne suis pas chef de parti, je ne propose pas de programme à une formation qui serait révolutionnaire que sais-je. Je veux dire qu’il y ait des forces politiques qui ne soit pas alignées sur l’agenda électoral. C’est extrêmement difficile. On l’a vu à travers le mouvement des Places,un peu partout y compris Nuit Debout ici, à savoir que s’il y a une alternative ça veut dire que se constituent des forces qui ont leur propre agenda, leur propre forum de discussion, leur propre temporalité, leurs propres objectifs, qui peuvent très bien rencontrer y compris sous la forme du heurt, les agendas officiels mais qui soient véritablement indépendants. Ça s’est joué avec l’affaire Podemos qui est devenu un parti, qui a eu ses propres députés européens, qui est rentré dans le jeu. Moi je ne suis pas un extrémiste disant jamais compromis ni rien mais il s’agit de savoir à qui on donne le privilège. »

Chers Lectrices et Lecteurs, je vous laisse écouter cette analyse sans consigne de notre système démocratique..J’aime l’idée de « la campagne pour la non-présidence »!!

Bon week-end

Françoise

@Fran75GB